Histoire du travail

Agriculture, Histoire du travail

Moissonner sans cultiver ou le Paradis perdu

Qu’est ce que le passage de la cueillette à l’agriculture a changé dans le travail des populations de l’en-deçà ? Cette question a toute sa place dans ce blogue bien qu’elle ne soit pas traitée dans l’essai de Nissim Amzallag (voir l’article « Les mutations longues du travail : la naissance de l’agriculture »). On y trouve toutefois des informations qui, une fois rassemblées et complétées de quelques autres, peuvent éclairer certains aspects de cette mutation du travail.

Quand on parle des chasseurs cueilleurs, on pense surtout à la chasse probablement car on l’imagine riche d’exploits potentiels et de récits héroïques. Dans ces temps anciens, elle aurait été un exercice forcément viril, fait de pistage, de course, de traque, de lutte à mort, quasiment au corps à corps, contre la proie. La cueillette, par contraste, serait l’éloge de la lenteur, celle à laquelle invite l’immobilité végétale et son silence ; ce serait la patiente exploration d’un territoire pour y repérer des « coins » sur lesquels on reviendra du fait de leur prodigalité, puis la pratique de gestes répétés de la main pour se saisir des plantes ou des fruits, arracher des racines. Le produit de la cueillette s’il est honoré pour ses richesses gustatives n’est jamais vraiment célébré comme une prise de chasse.

La cueillette, condition de la diversification alimentaire au Paléolithique

Pourtant la cueillette, au Proche-Orient, était une activité loin d’être marginale. Ainsi au bord du lac Tibériade, à Ohalo II, un site vieux de 20 000 ans, on a pu retrouver une meule et des mortiers utilisés pour préparer des aliments, et plus d’une trentaine d’espèces récoltées pour leurs graines, dont du blé amidonnier et de l’orge sauvages.

Ohallo II, meule de graminées sauvages [1]

A Shubayqa, un site de Jordanie remontant à 15 000 ans, on a recensé l’utilisation de plus de 95 espèces végétales dont du blé amidonnier, de l’orge, de l’avoine, des légumineuses… On y a aussi découvert des traces de cuisson de pain levé [2].

Foyer pavé de Shubayqa I recelant des restes de production de pain (source : Amzallag, 2023)

Il faut donc faire crédit à ces populations paléolithiques, installées de longue date sur leur territoire, d’une connaissance approfondie de leur milieu, des plantes qui s’y épanouissent, de leurs usages culinaires possibles, mais aussi peut-être de leur mode de reproduction. Sur le site Gilgal I dans la vallée du Jourdain, on a ainsi retrouvé des figues provenant d’un figuier parthénocarpique dont les fruits sont stériles. Il y a 11 000 ans, avant même la domestication des céréales, on peut faire l’hypothèse que les habitants de ce site maitrisaient le bouturage ou le prélèvement de rejets à la base du pied, seules méthodes pour multiplier ces arbres [3].

La connaissance de leur environnement naturel était bien supérieure à celle que nous avons du nôtre, très anthropisé [4]. Les Homo sapiens sont des omnivores ; l’agriculture a été pour eux une innovation productive mais pas la découverte d’un nouveau régime alimentaire. Dans ce registre, tout était prêt pour accueillir la domestication.

Quelle méthode de cueillette ?

L’archéologie n’en restitue qu’une vue statique au travers d’outils retrouvés dans les sédiments datant de l’en-deçà. Parmi ceux-ci figuraient, en nombre réduit, des lames de faucille, et très exceptionnellement des manches, en os généralement.

Lame lustrée de faucille à base aménagée pour l’emmanchement, Erq-el-Ahmar (d’après Neuville)

Manche de faucille en os poli dont l’extrémité a la forme d’un jeune cervidé, grotte d’El-Wad, période natoufienne ancienne (source : Amzallag, 2023)

Ce n’est pas la forme des lames ni des manches qui permettent d’attester de leur usage, mais les traces que l’on retrouve sur les tranchants. La brillance (le lustre) sur le silex est un indice d’utilisation pour couper des graminées. Ces lames lustrées sont rares au Natoufien. L’étude des microtraces et des expérimentations faites en parallèle ont montré des polis suggérant une utilisation plutôt à des fins non alimentaires : pour la coupe de roseaux utilisés dans la construction des maisons ou pour d’autres tâches, le grattage des peaux, du bois, le travail de l’os [5]

La déhiscence des graminées sauvages est probablement la raison de l’absence d’utilisation de faucilles pour les récolter. La déhiscence est cette fonction d’ouverture spontanée à certaines époques, des organes de reproduction des végétaux pour libérer leur contenu : fruit, graine, pollen ou spore. En utilisant des outils tranchants pour couper l’épi, les graines n’y seraient pas restées attachées alors que ce sera le cas pour les graminées domestiquées. Pour éviter leur dispersion, il aurait fallu couper les épis avant leur maturité et effectuer ensuite des opérations supplémentaires pour séparer les graines des épis et enlever leur enveloppe extérieure. Or, les graines de céréales trouvées dans les sites anciens sont pour la plupart complètement mûrs.

En fait, la cueillette de céréales sauvages peut s’effectuer sans l’aide d’aucun instrument, tout simplement à la main. C’est cette hypothèse qu’une équipe de biologistes et d’anthropologues a exploré, en pratiquant sur 3 années de suite (2000 à 2002) des collectes d’épillets entiers d’orge et de blé amidonnier sauvages tombés au sol, dans de denses prairies spontanées du nord d’Israël [6]. Ils ont montré qu’un tel ramassage était simple à réaliser : « il est étonnamment facile de saisir avec la paume de la main, par leurs barbes, de grandes quantités d’épillets désarticulés » ; que c’était possible de mai à octobre, du printemps donc jusqu’à l’arrivée des pluies ; et que c’était efficace puisque cette méthode a permis en moyenne à une personne, en une heure, de récolter entre 250 et 500 grammes de grains nus.

Tapis d’épillets d’orge portant des barbes longues, faciles à ramasser (photo prise à Korazim, le 9 mai 2000)

Les auteurs précisent à l’appui de leur expérimentation que la cueillette au sol de graines d’herbacées par des groupes de chasseurs cueilleurs est recensée dans la littérature ethnographique. Ils citent notamment des tribus d’Afrique subsaharienne, des aborigènes de l’ouest Australien ainsi que des tribus nomades du Pendjab.

L’activité de cueillette, source de connaissance botanique et agricole

Ce ramassage au sol aurait donc pu fournir aux chasseurs-cueilleurs du corridor Levantin une source de nourriture végétale suffisante jusqu’en octobre. En octobre, le relais pouvait alors être pris par les glands devenus mûrs des forêts clairsemées de chênes et de pistachiers, leur deuxième plus importante ressource végétale. « Il n’y aurait donc eu » concluent-ils «  aucune période de pénurie alimentaire végétale en raison de la saisonnalité de leurs deux principales récoltes ». Ils font même l’hypothèse d’une disponibilité en graines de céréales, l’automne venu, qu’ils auraient utilisées pour des mises en culture.

Les cueilleurs pouvaient en effet observer que les épillets restants, tombés au sol, étaient responsables de la croissance de l’année suivante. En outre, après les premières pluies, le sol devient boueux et permet aux épillets de pénétrer dans le sol et de germer. Ils auraient donc pu, sans outil ni labour, favoriser le renouvellement des peuplements sauvages. 

De premières mises en culture de plantes sauvages apparaissent dès le Natoufien ancien. Elles ne permettaient pas de bénéficier des caractères de domestication qui feront beaucoup plus tard leur succès tels que des graines plus grosses, l’absence de déhiscence sur les épis mûrs, une densité de plantation plus grande, etc. Mais ces mises en culture signifient que le procès agricole lui-même était connu de ceux qui les pratiquaient : du semis jusqu’au traitement ultérieur des végétaux récoltés.

Les outils comme les méthodes de travail étaient donc déjà disponibles. Comme pour nombre d’innovations, ils n’auront donc pas à être inventés, mais seulement adaptés, ajustés, généralisés pour répondre à de nouvelles pratiques, plus intenses.

Une mutation parallèle des mentalités ?

Il reste à accompagner ce changement du changement des représentations et des mentalités. Ce n’est en effet pas le même rapport à la nature que de lui prélever ce qu’elle donne d’elle-même ou de l’imiter par un processus agricole dont l’homme est le concepteur et l’acteur.

Les changements de représentations ont-ils précédé ou bien suivi ce changement des pratiques ? C’est une question qui a divisé les chercheurs, « idéalistes » d’un côté et « matérialistes » de l’autre. Mais elle ne tient pas compte de l’extrême lenteur du processus. Si on conserve au mot révolution son sens premier de changement brusque et profond, alors il faudrait renverser nos appellations : parler de changement néolithique plutôt que de révolution pour ce qui s’est déroulé sur des centaines voire milliers d’années et de révolution climatique plutôt que de changement pour ce qui se passe de nos jours sous nos yeux…

Il n’y a donc pas lieu de dramatiser ce processus car il s’est fait sur plusieurs générations, en fonction des évolutions de leurs vies.

La question la plus intéressante me semble-t-il ne porte pas sur l’ordre temporel dans lequel l’évolution des mentalités à de nouvelles réalités a pu avoir lieu, mais plutôt sur la nature de l’adaptation des mentalités.

La difficulté principale évidemment tient au fait que dans les sociétés sans écriture, la seule voie d’accès aux évolutions symboliques réside dans leur art. Images sans parole, on les voit certes évoluées avec le temps, mais c’est à nous de les faire parler, au risque d’erreurs interprétatives majeures.

Dans ce domaine, la proposition la plus intéressante à mes yeux, reste celle de Jacques Cauvin. Dans Naissance des divinités. Naissance de l’agriculture [7], il compare le bestiaire franco-cantabrique qu’il considère comme le plus expressif sur ce que pouvait être les systèmes symboliques des chasseurs cueilleurs du paléolithique final, à celui du néolithique proche-oriental. Alors que dans le premier, « on ne met nulle part en évidence un personnage animal dominant les autres », dans le second, « la Femme et le Taureau (apparaissent) comme des divinités (…). La Déesse, flanquée d’un parèdre masculin assimilé au taureau, sera la clef de voute de tout un système religieux »[8].

Orant du néolithique saharien. Source : Naissance des divinités. Naissance de l’agriculture

L’émergence de divinités au-dessus de l’homme « a dû modifier entièrement la représentation que l’homme (se faisait de son milieu) (…) Spectatrices jusqu’alors des cycles naturels de reproduction du monde vivant, les sociétés néolithiques s’autorisent à y intervenir en tant que producteurs actifs ».

Jacques Cauvin faisait de ce changement des représentations le préalable à l’invention de l’agriculture. Sur ce plan, l’approche de Nissim Amzallag est beaucoup plus convaincante (voir l’article « Les mutations longues du travail : la naissance de l’agriculture »). Il relève d’ailleurs que le couple femme – taureau n’est pas très visible avant le VII° siècle, alors que la domestication est déjà accomplie. Il note aussi qu’une autre interprétation de ce couple est possible. Il pourrait être le signe d’une superposition des croyances des chasseurs avec celles des agriculteurs : le taureau ferait référence au rite de chasse et la femme à la fertilité.

Un paradis perdu ?

Une néolithisation est-elle possible sans passage à l’agriculture ? Si on considère que cette dernière n’est qu’un de ses critères, alors l’exemple le plus fréquemment cité est celui des Jomons au Japon, dont la culture s’étend sur plus de dix mille ans (d’environ – 13 000 à – 400 ans avant l’ère commune). Le néolithique [9] est en effet aussi l’âge de la poterie. Or les Jomons ont été parmi les premiers, voire les premiers, à en maîtriser les techniques. Leur subsistance, obtenue par la pêche, la chasse et la cueillette, était suffisamment abondante et sécurisée par le stockage, pour répondre à leurs besoins. Ils ne développèrent pas d’agriculture, ce que feront leurs successeurs de la période Yayoi avec la riziculture.

Marshall Sahlins, anthropologue américain, en se fondant sur la description des chasseurs cueilleurs contemporains, qualifie de « premières sociétés d’abondance » ces peuples parce qu’on y travaillait beaucoup moins que dans les économies agricoles [10]. Mais c’est une affirmation bien générale. Je lui préfère celle d’un autre anthropologue, Philippe Descola, plus circonstanciée. Celui-ci en effet écrit : «  la chasse et la cueillette sont souvent présentées par les populations qui les pratiquent non pas comme un travail, mais comme quelque chose qui accompagne leur vie quotidienne et en fait le sel ». Il donne cet exemple d’une ethnie qu’il connait bien pour avoir vécu plusieurs années au milieu d’elle : « les Achuars considèrent que l’activité des femmes dans les jardins (désherbage, bouturage, plantation) est un « travail », une activité dure, fatigante ; que l’activité des hommes qui abattent à la hache un morceau de forêt pour établir un jardin est aussi un « travail ». En revanche, la chasse et la cueillette ne sont pas du tout considérées comme un travail. La ponction et la prédation sont vues comme une distraction plutôt que comme un travail pénible » [11].

Il est risqué d’appliquer la notion de « travail » à des peuples qui ne l’ont jamais utilisé. Mais ici, en en resserrant le sens sur l’effort à produire et sa pénibilité pour réaliser une activité productive (le jardinage versus la cueillette ; l’abattage d’arbres versus la chasse), son usage est légitime.

J’avais moi-même exploré cette veine dans un article publié en 2017, allant jusqu’à imaginer quel pouvait être le « travail » d’Adam et Eve dans le jardin d’Eden (voir « Travailler, même au Paradis ») : « Cela devait être un travail horticole et arboricole, mais sans pénibilité : on peut imaginer que « cultiver le jardin » se résumait à semer des graines, sans l’épreuve du labour préalable, à favoriser leur levée puis leur développement, à les récolter sans précipitation, à alterner les activités pour rompre toute monotonie ; « en prendre soin » consistait peut-être à lui donner une belle apparence, à entretenir des allées, à cueillir les fruits que fournissaient les arbres… ».

J’avais aussi relevé que « les sources de la Bible font remonter au mieux à la fin du deuxième millénaire avant Jésus-Christ les premières traces du peuple juif. Or dans cette région du monde, la néolithisation était achevée depuis plusieurs millénaires ». J’en avais conclu que « ce peuple n’avait plus de connaissance du monde paléolithique qui l’avait précédé, et ne pouvait donc imaginer une humanité originelle cueilleuse, chasseuse et pêcheuse ». Mais si on fait l’hypothèse d’une transmission orale sur la longue durée des récits mythiques, alors peut-être que l’expulsion du jardin d’Eden du premier couple humain rend compte du passage de la cueillette à la culture : la perte d’un paradis, celui où la nature était spontanément et généreusement pourvoyeuse de vie.


[1] Ohallo II est un site majeur pour étudier l’alimentation végétale des hommes du Levantin au Paléolithique supérieur. Plusieurs milliers de graines de graminées sauvages ont été retrouvés autour de cette pierre qui servait de meule (source : Aux origines des plantes, s/dir Francis Hallé et Pierre Lieutaghi, Fayard, 2008)

[2] Source : Les graines de l’au-delà

[3] Source : Aux origines des plantes, opus déjà cité.

[4] Je me rappelle avoir fait ce constat lorsque je vivais au milieu d’une population d’agriculteurs Bandas en Centrafrique. J’y travaillais au développement de la culture attelée. Nous utilisions des bœufs Baoulés pour tirer les charrues. Une paire s’était enfuie en brousse et j’avais suivi les deux villageois partis à leur recherche. A un moment donné, leurs traces se sont croisées et mélangées avec celles d’un troupeau de zébus Mbororos. Les deux pisteurs se sont mis à tourner autour de ce lieu largement piétiné, scrutant le sol. Je les imitais sans être capable de distinguer quoi que ce soit. Tout d’un coup, je les entends me héler. Je lève la tête. Ils avaient retrouvé les traces de leurs bêtes et deux heures plus tard leurs animaux eux-mêmes… J’ai mesuré ce jour là (et en bien d’autres occasions) nos différences de compétence et d’adaptation à leur milieu naturel.

[5] Marie-Claire Cauvin, « Les faucilles préhistoriques du Proche-Orient – Données morphologiques et fonctionnelles », Paléorient, vol 9 n°1

[6] Mordechai E. Kislev, Ehud Weiss et Anat hartmann, « Impetus for sowing and the beginning of agriculture. Ground collecting of wild cereals », PNAS, 2 mars 2004, vol. 101, n°9

[7] Jacques Cauvin, Naissance des divinités. Naissance de l’agriculture. La révolution des symboles au néolithique, CNRS Editions, Paris, 1994

[8] Ibidem, p 97 – 101

[9] La « nouvelle pierre » (sens étymologique du mot néolithique) de cet âge, c’est la pierre polie

[10] Marshall Sahlins, « La première société d’abondance », Les temps modernes 268, 1968, p 641 – 680

[11] Philippe Descola, Avec les chasseurs cueilleurs, Petite conférence, Bayard, 2023, p 79

Agriculture, Histoire du travail

Les mutations longues du travail : la naissance de l’agriculture

Dommage qu’aucune caméra ne puisse remonter le temps pour nous montrer comment, en plusieurs endroits de la planète, des sociétés humaines s’y sont prises pour peu à peu domestiquer des plantes et des animaux et inventer un nouveau travail et le rapport au monde qui l’accompagne.

A défaut d’un documentaire pouvant rétrospectivement filmé cette époque, de la terre savamment remuée par des archéologues aux connaissances scientifiques croissantes, nous remonte depuis le XIX° siècle des traces de la vie préhistorique. Très tôt des hypothèses ont été formulées sur les raisons ou les motivations qui ont conduit à la naissance de l’agriculture. Mais elles s’appuyaient alors sur des connaissances trop parcellaires pour éviter que ces hypothèses ne soient encombrées des idéologies et représentations des époques où elles ont été formulées.

Aujourd’hui les faits s’accumulent, ouvrant la voie à de nouvelles interprétations, plus subtiles car devant prendre en compte un réseau de connaissances plus vastes et plus complexes qui forment autant d’objections à des explications trop simples. Je m’appuierais ici sur un ouvrage publié très récemment qui prend en compte les dernières découvertes archéologiques et biologiques pour proposer un processus très surprenant mais rigoureusement argumenté, ayant pu conduire des peuples du Proche-Orient à accoucher, il y a 10 000 ans de cela, d’un nouveau mode de vie productive : Les graines de l’au-delà [1], de Nissim Amzallag [2].

Il existe dans le monde plusieurs foyers primaires de naissance de l’agriculture, c’est à dire indépendants les uns des autres,. Les mieux connus se trouvent au Proche-Orient, en Chine et en Méso-Amérique, mais ils ne sont pas les seuls. Leur liste en effet s’allonge et on en reconnait aujourd’hui d’autres : en Nouvelle-Guinée, en Afrique, en Amazonie… Celui du Proche-Orient reste toutefois le plus ancien et le mieux documenté.

La domestication des plantes, un résultat imprévu par les pionniers du processus

Le corridor du Levant, qui s’étend du sud de l’Anatolie à la Palestine, est bordé à l’ouest par des forêts et à l’est par des déserts.

Corridor Levantin
Le corridor du Levant (en grisé), siège du premier foyer de domestication des plantes (source : Amzallag, 2023)

C’est dans cet espace fertile où les graminées sauvages sont nombreuses et en certains endroits forment de véritables prairies qu’en un peu plus de 3000 ans s’est déroulé le premier processus connu de domestication des plantes. Trois mille ans, c’est une durée qu’il nous est difficile d’appréhender tant elle sort de nos temporalités contemporaines. Mais elle a une conséquence de bon sens : ceux qui ont enclenché le processus de domestication n’en ont jamais connu le résultat et ne pouvaient le deviner. Il faut dès lors concevoir des motivations et des mécanismes à son départ, différentes de celles qui ont prévalu autour de son aboutissement. C’est ce à quoi s’emploie Nissim Amzallag. Ce qui l’intéresse, c’est ce qu’il appelle « l’en-deçà », cette période pendant laquelle le processus a été engagé sans que l’idée de ce que la domestication des plantes pouvait apporter aux hommes ne puisse en être le moteur.

Il souligne que cela n’a rien d’exceptionnel. Nombre d’innovations techniques ont été faites pour d’autres raisons que celles qui ont prévalu ensuite. Il rappelle ainsi que les astrologues chinois qui ont découvert la poudre à canon, étaient fascinées par son qì 氣, l’énergie qu’elle était capable de déployer. Le qì, c’est le souffle vital. Percer son secret, c’était ouvrir le chemin vers l’immortalité. Ils n’avaient, ni à l’esprit ni en vue, les capacités destructrices de leur invention.

Ce qu’il appelle la « technopoïèse », c’est ce moment premier de l’innovation technique qui peut relever d’une logique différente de la phase explicitement technologique qui la suit.

La zone grise du proto-néolithique

Les archéologues identifient au Proche Orient différentes périodes culturelles.

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Tableau chronologique du processus de domestication au Proche-Orient (source : Amzallag, 2023)

L’en-deçà, correspondrait à 3 de ces phases : le Natoufien qui appartient au Paléolithique supérieur, le PPNA (Pre-Pottery Neolithic phase A) et le PPNB au néolithique. C’est une zone grise pendant laquelle la néolithisation est en marche mais où elle ne sera pleinement visible qu’au PPNB moyen.

L’archéologie est une science à trous. Elle ne recueille que ce qui a pu subsister dans les sédiments à travers les âges. Sauf exception quasi-miraculeuse, tout le périssable lui échappe : les peintures corporelles, les vêtements, les gravures sur bois, les visages, les musiques, les langues, les mythes, les coutumes, les évènements sociaux…

Que sait-on alors de cette époque de l’en-deçà ? Que le travail des hommes et des femmes était fait de chasse, de pêche et de cueillette et qu’ils savaient fabriquer les outils qui leur étaient nécessaire pour travailler, s’alimenter, se vêtir… Que leur environnement était en partie constitué de vastes prairies de graminées. Que les populations étaient des Homo sapiens, avec donc les mêmes capacités sensibles, intellectuelles et motrices que nous s’exerçant toutefois sur un patrimoine technique beaucoup plus réduit.

Deux des facteurs fréquemment évoqués conduisant à la mise en culture, à savoir le besoin d’adaptation au changement climatique et la pression démographique, ne trouvent pas de traduction archéologique évidente durant cette période. Certes, on constate des hivers plus froids et plus secs à la fin du Natoufien. Cela réduit la surface du corridor Levantin, mais sans que sa végétation ne change. Or les sept plantes qui vont être domestiquées (3 céréales, 3 légumineuses et le lin) proviennent toutes de ce corridor. Quant à la surpopulation qui aurait fait peser le risque de pénurie alimentaire, elle reste à démontrer ; elle aurait dû s’accompagner de construction de silos, beaucoup plus efficace à court terme qu’une domestication s’étalant sur plusieurs millénaires. Or, on n’en trouve pas.

Qu’observe-t-on alors ?

Au Natoufien, l’habitat devient permanent sous forme de cases rondes semi-enterrées. On y trouve un outillage de transformation des viandes et des végétaux : meules, mortiers, pilons, des foyers cernés de pierre, et des traces de transformation des céréales sous forme de bière ou de pain. L’inhumation des défunts, souvent à proximité des habitations, se généralise.

Les deux étages suivants s’inscrivent en continuité du Natoufien, mais avec quelques inflexions significatives. Ainsi, au PPNA, la taille des villages augmente et on voit apparaître de grands édifices publics. L’inhumation à proximité des habitations se généralise, et on observe une pratique de détachement des cranes.

Au PPNB, la taille des villages augmente encore. L’habitat devient rectangulaire ; le détachement des cranes devient plus fréquent, certains étant surmodelés.

Cranes surmodelés
Cranes surmodelés (source : Amzallag, 2023)

Vitalité versus fertilité

L’inhumation à proximité des habitations, le détachement des cranes et le surmodelage de certains d’entre eux forment une pratique originale du monde de l’en-deçà Levantin dont il est n’est pas possible de percer le secret, faute d’accès aux rituels qui les accompagnaient. Mais ils sont le signe incontestable de l’importance accordée aux défunts par les populations de cette époque. C’est cette valeur accordée aux disparus qui va servir de support à une interprétation surprenante mais crédible de l’auteur.

Dans les temps anciens, face aux risques de mortalités infantiles, de décès lors d’accouchement, de maladies ou d’accidents, l’enjeu de continuité des groupes humains tenait à la capacité des hommes et des femmes à atteindre et dépasser l’âge adulte de la procréation. Les notions de fécondité ou de fertilité avaient donc probablement moins d’importance que celle de vitalité. On peut même faire l’hypothèse que le respect des anciens tenait aussi à la preuve vivante qu’ils apportaient de cette vitalité.

L’auteur reprend à son compte la théorie du muelos [3]. Le muelos, c’est la moelle, cette matière spongieuse (épinière, cerveau) ressemblant au sperme dont le réceptacle le plus important est le crane ; elle est, dans l’antiquité égyptienne ou grecque et pour un certain nombre de groupes ethniques, le siège de la vitalité sexuelle. Amzallag souligne avec justesse que l’on ne saurait juger de cette interprétation avec nos connaissances actuelles, mais avec celles de ces groupes. Ceux-ci disposaient de deux constats qui pouvaient justifier ce lien : le fait que des nerfs partant de la moelle se prolongent jusqu’à l’espace pelvien pouvant ainsi apparaître comme des conduits transportant la moelle ; et celui des troubles de la sexualité engendrés par les accidents affectant cette moelle.

Une domestication tâtonnante

Amzallag est biologiste. C’est avec les dernières découvertes de cette discipline qu’il va compléter le scénario.

La domestication des céréales est un phénomène bien connu. Elle fait dans l’ouvrage l’objet d’un tableau qui recense les 7 caractères principaux d’évolution.

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Les sept caractères principaux du syndrome de domestication (source : Amzallag, 2023)

Le mouvement du sauvage au domestique est un continuum. Il n’est pas évident dans l’entre deux de qualifier l’état des plantes. En outre, sur les 7 caractères principaux, seulement deux sont visibles dans les sédiments : l’augmentation de la taille des graines et leur non dispersion, mais ce ne sont pas les plus fréquemment modifiés. Pour complexifier la situation, le mouvement peut aller dans l’autre sens. Il est ainsi des plantes en voie de domestication que l’on retrouve à l’état sauvage, ce sont les plantes dites férales. Enfin, il faut également intégrer dans la réflexion le fait que les graines ont voyagé sur de longues distances. Amzallag qualifie de « réticulé » ce processus fait d’allers –retours et de déplacements.

Sous quelle interprétation rassembler toutes ces données ?

Le phénomène d’auto domestication

Le caractère tâtonnant du processus ouvre logiquement sur l’hypothèse d’une domestication initialement involontaire ou inconsciente. Il existe une faculté biologique qui la rend possible : l’auto domestication.

Ce processus apparait aux alentours des activités humaines, en raison de leurs impacts sur l’environnement. Il tient, d’une part, au fait que plusieurs caractères de domestication sont interdépendants et évoluent conjointement. Ainsi dans le monde animal, la sélection sur le seul critère de la docilité va induire une série de changements coordonnés[4] ; il tient, d’autre part, au fait qu’il existe des composés organiques d’adaptation à l’environnement induisant des modifications génétiques réversibles, qui peuvent toutefois se transmettre aux descendants. Dans le règne végétal, ce sont les polyamines. On les rencontre notamment dans un contexte mortuaire. Elles répondent aux doux noms de putrescine, cadavérine, spermidine ou spermine. Mais si leur odeur n’est pas des plus agréables, elles vont stimuler une évolution adaptive des végétaux. En effet, au-dessus des lieux de fraiche inhumation, vont croitre des plantes dont les caractères vont différer de leurs homologues sauvages. S’agissant des céréales, le caractère le plus visible de ce changement va être le retard de sénescence : elles vont former un ilot vert au milieu de graminées jaunes.

Si on fait l’hypothèse que ces modifications végétales au-dessus des corps inhumés, impossibles à ne pas voir, étaient interprétés comme un transfert de vitalité des défunts vers ces plantes « survitales », il est alors possible que leurs graines en aient été considérées comme des substituts, des sortes de « graines ancêtres ». Cela fournit les premières étapes d’un processus de domestication involontaire. La raison n’en est pas la recherche d’un rendement, imaginable seulement dans un foyer secondaire, mais un processus attaché au culte des ancêtres.

Ces graines ancêtres ont pu être utilisées dans des rituels d’inhumation ou consommées pour réintroduire dans la communauté la vitalité des parents ; elles ont aussi pu être transportées lorsque les villages étaient quittés pour d’autres lieux ; elles ont également pu être mises en culture. Tout ceci relève du champ des possibles et peut conduire peu à peu, avec parfois des retours en arrière, vers une domestication intentionnelle, celle-ci ne pouvant intervenir que lorsque les avantages des plantes domestiquées pour la communauté humaine auront été constatées ainsi qu’identifiées les processus de sélection artificielle permettant de les obtenir.

Un scénario de la domestication des plantes en six phases

L’auteur propose ainsi un scénario allant du Natoufien au PPNB moyen, qu’il rattache à des faits archéologiques constatés à ces différentes périodes :

  • l’apparition de plantes survitales au début du Natoufien au-dessus des sites d’inhumation
  • la croyance au transfert de vitalité des défunts vers les plantes et les graines et la réintroduction de cette vitalité dans la communauté par la consommation rituelle de ces graines
  • l’identification de ces graines survitales aux ancêtres, justifiant leur collecte, leur consommation et leur stockage. Le retour à un mode d’être itinérant à la fin du Natoufien aurait conduit à leur transport sur de longues distances
  • la mise en culture de plantes dérivées de ces graines-ancêtres au PPNA
  • l’émergence de la sphère domestique au début du PPNB par stabilisation progressive des caractères des plantes survitales, rendant caduque la multiplication de graines-ancêtres
  • l’endomestication du monde avec l’intégration de nouvelles espèces dans la sphère domestique au PPNB moyen et l’abandon à la fin du néolithique de la pratique du détachement des cranes marquant la séparation du monde des vivants et du monde des morts.

Comme le souligne Jean Guilaine, « L’archéologie a besoin d’hypothèses, pas de credo »[5]. Il ne s’agit donc pas d’affirmer la vérité préhistorique de ce scénario, mais de constater le nombre de faits qu’il permet de prendre en compte. Ils sont suffisamment nombreux pour s’y intéresser.

Mais puisque Nissim Amzallag propose une hypothèse de domestication propre au Proche-Orient, ce processus ne saurait être appliqué tel quel aux autres foyers primaires. Il reste donc à comprendre pourquoi ce mouvement de néolithisation a eu lieu en différents points de la planète, et pas dans d’autres, dans une fourchette temporelle finalement resserrée de quelques milliers d’années. Que s’est-il passé dans la vie matérielle et l’esprit de certaines populations du paléolithique pour qu’elles découvrent à peu près au même moment, indépendamment les unes des autres et selon des scénarios spécifiques, après des dizaines de milliers d’années de vie productive sous forme de chasse, de cueillette et d’artisanat de la pierre, les vertus de la domestication, de l’agriculture et de l’élevage ?

Cet article aura une suite, centrée sur une mise en regard du travail de cueillette et du travail agricole : « Moissonner sans cultiver ou le Paradis perdu »

 

 

[1] Nissim Amzallag, Les graines de l’au-delà. Domestiquer les plantes au Proche-Orient. Edition Maison des sciences de l’homme, Paris 2023.

[2] J’ai puisé abondamment dans cet ouvrage pour écrire cet article, mais il n’en est pas pour autant un résumé. J’ai en effet sélectionné les informations qui me paraissaient les plus importantes pour comprendre l’hypothèse imaginée par l’auteur. Je ne suis pas rentré dans toutes les intéressantes justifications qu’il en donne. J’y ai parfois ajouté des réflexions que cette lecture m’a inspiré sans qu’elles n’y figurent. Ceux donc qui veulent suivre le fil de la pensée de Nissim Amzallag doivent donc se reporter à son essai.

[3] Théorie présentée par Weston La Barre dans : Muelos – A Stone Age Superstition about Sexuality, New York, 1984

[4] Amzallag cite les expériences de Dimitri Balayev, un chercheur Russe sur le renard argenté et le processus de domestication des poulets sauvages en Asie du Sud-Est

[5] Jean Guilaine, Caïn, Abel, Ötzi. L’héritage néolithique. Gallimard, 2011

Histoire du travail, Images

La Chine sous Mao ou le travail pris dans les filets de l’idéologie – 2ème partie

La première partie de cet article consacré aux représentations du travail sous la République Populaire de Chine s'était arrêtée en 1965 (Voir La Chine sous Mao ou le travail pris dans les filets de l’idéologie – 1ère partie). En voici la suite qui s'ouvre sur le Révolution culturelle et s'achève sur les mutations économiques ouvertes après le décès de Mao Tsé-toung.

Histoire du travail, Images

La Chine sous Mao ou le travail pris dans les filets de l’idéologie – 1ère partie

A Shanghai, au 7° étage d’un ensemble immobilier est niché un musée privé qui recherche, conserve et expose les affiches de propagande produites en République Populaire de Chine de 1949 à 1997. Il a bien du mérite car bien que produites à l’époque en grande quantité, elles ont été pour la plupart détruites après la mort de Mao Tsé-toung. Or ce sont des témoignages historiques de première grandeur. Ils permettent de suivre les campagnes idéologiques et les mots d’ordre du Parti au pouvoir. Mais ils ont en outre un intérêt esthétique car si sur le fond les thématiques étaient imposées, la production en était  décentralisée, ce qui autorisait une grande variété de style et de qualité. 

C’est évidemment la manière dont le régime communiste met en scène le travail qui va ici nous intéresser et servir de fil rouge à cet article [1].

Histoire du travail, Images

Le portrait de Louis Pasteur par Albert Edelfelt ou comment représenter le travail scientifique

Cette image vous est probablement familière car c’est elle qui, immanquablement, est reproduite dans les livres d’histoire lorsqu’ils traitent du développement scientifique au XIX° siècle. J’ai découvert, lors d’une exposition au Petit Palais, qu’un peintre Finlandais, Albert Edelfelt, en était l’auteur [1].

Mais l’idée de consacrer un article dans mon bloc-notes à ce portrait (ci-dessous, à gauche) est née de sa confrontation dans l’espace de cette exposition avec cet autre (à sa droite), consacré également à Pasteur, accroché non loin de lui. La différence est saisissante, non pas tant sur le plan du talent des peintres que sur la manière de rendre compte du personnage. Dans le premier, Louis Pasteur est saisi dans son laboratoire, en plein travail, alors que dans le second, il apparaît en grand-père protecteur, auréolé d’une gloire toute Napoléonienne, mais sans  aucune référence aux raisons de cette gloire : ses nombreuses découvertes médicales et notamment celle qui lui conféra une aura internationale, la vaccination contre la rage.

Agriculture, Histoire du travail

Travailler avec les animaux

Ce texte est le troisième et dernier volet d’une série d’articles consacrés à la relation que nous nouons dans le travail avec les animaux. Il succède ainsi à Rosa Bonheur et le travail animal : « Le labourage nivernais » et Du travail animal.

A nouveau, je m’appuierais sur un tableau de Rosa Bonheur car il met bien en valeur cette relation et permet de souligner quelques unes de ses caractéristiques. Il s’agit cette fois-ci du Berger des Pyrénées donnant du sel à ses moutons, conservé au Musée Condé de Chantilly.C’est à mon avis une des œuvres les plus abouties de Rosa Bonheur. Elle plut tellement à son commanditaire, le duc d’Aumale, que celui-ci paya à l’artiste le double du prix qu’elle lui en demandait [1].

Rosa_Bonheur_berger donnant du sel à ses moutons

Rosa Bonheur, Berger des Pyrénées donnant du sel à ses moutons, 1864

Histoire du travail, Nouvelles réflexions

Du travail animal

Cet article est une réflexion qui s’inscrit dans le sillon ouvert le mois précédent avec Rosa Bonheur et le travail animal : « Le Labourage Nivernais ». Je vous invite donc, si ce n’est déjà fait, à lire ce dernier car il constitue les prolégomènes esthétiques et sensibles de celui de ce mois-ci. 

Dans Le Labourage Nivernais, les hommes, instigateurs de la situation dans laquelle les bœufs se trouvent embarqués, sont certes présents. Mais l’orientation picturale majeure de son autrice, sa sensibilité propre lui fait privilégier le portrait animal. Ce sont eux sur lesquels elle exerce le plus finement sa palette. « Je ne me plaisais », dira t’elle à sa biographe, « qu’au milieu de ces bêtes, je les étudiais avec passion dans leurs mœurs » [1].

Agriculture, Histoire du travail, Images

Rosa Bonheur et le travail animal : « Le Labourage Nivernais »

L’économie de l’art et les jugements esthétiques n’avancent pas du même pas, ni dans les mêmes directions. Au trébuchet de sa notoriété ou du prix de vente de ses œuvres, Rosaline Bonheur a été la peintre la plus reconnue de son temps. Cela l’a mise très jeune à l’abri de tout besoin et lui a permis de vivre en châtelaine à Thomery, dans la région parisienne. Mais elle est aujourd’hui ignorée du plus grand nombre : l’inverse de ce qui est arrivé à Vincent Van Gogh qui n’a vendu qu’une seule de ses toiles de son vivant et dont l’œuvre est aujourd’hui reconnue comme un des sommets de la peinture occidentale du XIX° siècle.

En amont d’une exposition-rétrospective qui s’ouvrira au Musée d’Orsay en octobre prochain pour saluer le bicentenaire de sa naissance [1], je me propose d’analyser un de ses tableaux majeurs, le labourage nivernais ; une œuvre qui donne la place principale à des animaux de trait et me servira de support à une réflexion sur le travail animal.

Agriculture, Cinéma et travail, Histoire du travail

« Nous paysans », l’histoire animée des mutations agricoles

Fin février, France 2 a diffusé un magnifique documentaire sur les mutations qu’a connu ces cent dernières années le travail agricole dans les campagnes françaises : « Nous paysans » de Fabien Béziat et Agnès Poirier.

Nous paysans L'ancien et le nouveau

Quand le nouveau passe devant l'ancien…

Ce qui en fait à mes yeux la grande valeur, outre la qualité de sa construction, c’est la superposition toujours pertinentes d’images d’archives [1] sur le récit raconté par Guillaume Canet ou sur les paroles de paysans d’aujourd’hui.

Je vous suggère, si ce n’est déjà fait, d’aller le visionner sur le site de France 2 où il est encore visible jusqu’au 24 avril 2021.

Pour vous donner un avant-goût de ce que vous allez découvrir, voici l’introduction du film qui affiche clairement son ambition :

Il raconte en image l’histoire des bouleversements du travail de la terre dont j’avais rendu compte dans un article de 2017 que vous pouvez aussi consulter : Une révolution agricole à bout de souffle.

 

[1] Pour faire ses choix très judicieux, Fabien Béziat a collecté 500 heures d’images d’archives qu’il est allé chercher « du côté des cinémathèques régionales (films amateurs) et des actualités filmées des fonds plus traditionnels (Gaumont Pathé, Lobster, Ina…) » (source : entretien du 23 février 2021 pour le CNC).

Histoire du travail

Une guerre mondiale, sociale, est-elle en cours ?

Bernard Thibault [1] siège depuis 2014 en tant que représentant des travailleurs au Conseil d’administration de l’Organisation Internationale du Travail. Sur la base de cette expérience, iI est intervenu sur « l’état social du monde et le rôle de l’OIT » dans le cadre d’un diner-débat organisé par l’Association tripartite des auditeurs de l’INT [2]. Cet article, que j’ai rédigé pour la revue 3D de l’Association, rend compte de son intervention et des réponses qu’il a apportées aux questions qui lui ont été posées.

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