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Histoire du travail

Travail, emploi et performance en Inde

Quelques réflexions nées d’un voyage d’étude (2004)

 En rangeant des documents entassés dans des classeurs que je n’avais plus ouverts depuis des années, je suis tombé sur cet article. Je ne me rappelais même plus l’avoir écrit.

Je l’avais rédigé à la suite d’un voyage d’étude en Inde [1] effectué en 2004. Les réalités indiennes ont depuis changé, mais en le relisant, je me suis dit que si, à l’époque, j’avais ouvert un bloc-notes sur le travail, il y aurait trouvé sa place. Alors le voici, avec 20 ans de retard !

Il serait imprudent, à partir d’un voyage organisé de quelques jours dans le sous continent indien, fut-il maillé de visites et de conférences, de se lancer dans une dissertation sur le travail, l’emploi et la performance en Inde. C’est pourtant le titre de cette note, aussitôt modéré par son sous-titre. Il s’agira ici, en fait, plus modestement de mettre en relation des choses vues ou entendues dans un ailleurs inimaginable tant qu’on n’y est pas allé, et qui peuvent faire écho à des préoccupations françaises, en les décentrant.

Travail et conditions de travail

Le travail est partout en Inde, pas besoin de le mettre en scène. Il nous suffisait de regarder :

  • les employés du grand hôtel dans lequel nous logions, notre guide, nos traductrices, des chauffeurs de car ou de taxi (un métier dangereux),
  • des dizaines, des centaines de petits métiers dans les rues : conducteur de rickshaw (un genre de triporteur), réparateur de bobines, petit commerçant, cireur de chaussures (seuls les occidentaux porteurs de baskets peuvent semble-t-il leur échapper), etc.
  • des cadres dans des sociétés de haute technologie, travaillant dans des espaces modernisés que Jacques Tati se serait plu à filmer,

En même temps que ces activités se dévoilaient une partie de leurs conditions d’exercice. Ce n’est pas la même chose — mais pas forcément mieux sous certains aspects — de faire les chambres d’un hôtel climatisé ou de tirer avec son rickshaw deux touristes solidement bâtis, alors qu’il fait 45° à l’ombre et que, de toute façon, il faut rouler sous le soleil.

 Plusieurs conférenciers distinguaient dans leurs interventions un secteur organisé et quantitativement marginal (8% du marché du travail) d’un secteur informel, largement majoritaire. Appartiendrait au secteur organisé essentiellement les grandes entreprises des industries traditionnelles, le secteur public et la fonction publique qui sont assujettis au droit du travail, assurent une certaine sécurité d’emploi et dans lequel le syndicalisme est fortement implanté ; l’agriculture (70 % des emplois du pays), les petites entreprises, les entreprises des nouvelles industries (informatique, télécommunication, etc.) relèvent du secteur informel.

Il ne faudrait toutefois pas tirer de cette typologie l’idée que ceux qui travaillent dans le secteur organisé ont nécessairement les meilleures conditions de travail. C’est ainsi que nos visites dans des firmes multinationales de hautes technologies nous ont fourni des exemples de bonnes conditions apparentes de travail, sans que ces entreprises n’appartiennent pour autant au secteur dit organisé (voir l’encadré sur Delmia à la fin de cette note).

L’impression qui domine est celle d’un monde du travail fragmenté, dans lequel la notion de moyenne n’a pas de sens. Une chose peut être dite, mais son contraire peut aussi exister, juste à côté. Un de nos interlocuteurs pour illustrer ce phénomène surprenant nous faisait observer que dans une rue de Dehli, peuvent rouler côte à côte une Mercédés, un car, une charrette tirée par un âne, un cycliste et des piétons…

Que devient la notion d’emploi ?

La notion d’emploi renvoie en France à l’idée d’une relation structurée, inscrite dans la durée, balisée par la loi et le contrat. En Inde, pour le secteur informel, il serait plus pertinent de parler d’exercice individuel ou collectif d’une activité économique. Pour illustrer cette notion, on peut prendre l’exemple d’un petit métier des rues de Dehli, conducteur de rickshaw. Il s’exerce apparemment de manière indépendante. Il s’agit d’être là au moment où un client se présente et d’assurer le transport qu’il demande. L’activité est irrégulière et aléatoire. Dès lors, il vaut mieux parler de taux d’activité que d’emploi à temps partiel par exemple, et mettre ce taux en regard de la rémunération obtenue, assortie d’une question : permet-elle de vivre [2] ? On peut formuler l’hypothèse que, dans ce cas, la (sur)vie passe par des formes d’entraide familiale ou sociale (dans le cadre de la caste ?) qui permettent d’assurer une régularité de revenu que l’activité individuelle ne saurait garantir. Il faut s’organiser collectivement à la fois pour la collecte des ressources et pour leur redistribution.

La notion d’emploi devrait donc être réservée à l’économie organisée ou aux nouveaux secteurs à forte valeur ajoutée. Dans la première, le droit du travail et l’exercice syndical offrent aux salariés des garanties dans les conditions d’emploi. Dans les autres, les entreprises cherchent à développer leur attractivité sociale pour recruter et conserver les personnels les plus qualifiés. Elles proposent spontanément des avantages et une sécurité à leurs employés, même si elles n’y sont pas tenues par la loi.

Nous n’avons pas eu de vue directe des conditions d’exercice de l’activité économique principale du pays, l’agriculture.

Conditions de travail et conditions économiques, un lien visible ?

Nous avons eu une illustration de ce lien sous différents angles :

Quand l’activité est précaire, instable, irrégulière et qu’elle ne génère pas de richesse suffisante, des mauvaises conditions de travail semblent acceptées comme une fatalité associée à la misère. Il s’agit alors d’abord de survivre.

C’est un peu le même mécanisme qui pourrait jouer dans le cas du travail des enfants. Dans certains États comme l’Uttar Pradesh, qui est aussi un des plus pauvres, il est fréquent [3] et semble bénéficier d’une acceptation sociale et culturelle. Les employeurs sont souvent les parents eux-mêmes. Aussi, les programmes de lutte contre le travail des enfants n’agissent pas tant sur la culpabilisation des parents que sur la démonstration de l’intérêt pour leur avenir d’aller à l’école. Le développement économique reste toutefois la véritable clé d’une action efficace dans ce domaine.

Toutefois, un jeune que nous avons rencontré à Bengalore nous a indiqué qu’il avait effectivement travaillé alors qu’il avait moins de dix ans, mais que son plus mauvais souvenir n’était pas tant d’avoir travaillé enfant, que d’avoir été battu au travail. Le travail n’est pas qu’un acte technique, mais aussi une activité sociale, qui, toutes choses étant égales par ailleurs, peut venir aggraver ou alléger les conditions techniques d’exercice de l’activité.

Quand l’activité est créatrice de richesse (secteur des hautes technologies par exemple), les conditions de travail ou d’emploi peuvent faire l’objet d’une grande attention dirigeante, non pour des motifs de droit, mais comme facteur de gestion des ressources humaines afin de motiver et retenir une main d’œuvre qualifiée ou rare.

Des représentations spécifiquement indiennes du travail ?

L’organisation en caste de la société indienne apparaît dans ses premiers textes sacrés, les Védas. Elle consistait initialement à classer la population en quatre groupes sociaux : les Brahmanes (prêtres), les Kshatryas (rois et guerriers), les Vaisya (agriculteurs, éleveurs, commerçants) et les Sudra chargés de servir les trois premiers en effectuant à leur place les travaux nécessaires mais sales ou impurs. La hiérarchisation des castes entre elles s’est faite selon le critère de propreté ou de pureté du travail (ou du métier) auxquels leurs membres devaient se consacrer. La caste la plus haute, en charge de la spiritualité pourrait-on dire, était celle des brahmanes, la plus basse, celle des Sudras, les intouchables étant ceux qui s’occupaient des tâches considérées comme les plus viles.

Aujourd’hui, cette organisation sociale est devenue beaucoup plus complexe. Elle subsiste néanmoins, en dépit de l’inscription dans la constitution indienne d’un droit à l’égalité, et d’une pratique de discrimination positive mise en place après l’indépendance, consistant par exemple à réserver des emplois dans l’administration aux groupes sociaux les plus dévalorisés (intouchables, tribus…).

Les nouvelles activités ne peuvent évidemment pas avoir de place assignée par la tradition indienne dans cette organisation hiérarchique. Mais on peut formuler l’hypothèse que les critères de valorisation des castes, si ces dernières structurent encore la société indienne ou son imaginaire, peuvent leur être appliqués. Dans ce cas, l’informatique par exemple, par son caractère immatériel, appartiendrait à la catégorie des métiers nobles, et la conduite de rickshaw (au service des autres, de ce qu’ils ne veulent pas faire) à ceux qui ne le sont pas.

Dans ce même registre, les recherches de Gérard Heuze (CNRS) sur le travail en Inde, l’ont conduit à mettre en relief certaines représentations associées à l’emploi chez les indiens :

L’Inde à la fin du XIX° siècle et au début du XX° a connu de grandes catastrophes sociales. Ainsi en 1910, un tiers de la population est morte de la peste et de la famine. De cette époque serait née l’idée d’emploi comme un « rempli-ventre » : « Dans l’inconscient populaire, c’est dangereux d’avoir un travail instable » [4]. On peut transiger sur le niveau de rémunération, mais pas sur la stabilité. De ce fait, les indiens privilégient les emplois qui s’héritent, qui peuvent se transmettre aux enfants. Enfin, la question de propreté du travail reste importante, d’où une grande valorisation des cols blancs, et les sacrifices consentis par les familles pour permettre à leurs enfants de mener à bien des études universitaires.

On peut également ajouter à cette réflexion sur des représentations spécifiquement indiennes l’éloge du sacrifice humain au nom d’un intérêt collectif supérieur que l’on trouve par exemple dans le Mahâbhârata « Un simple individu doit être abandonné dans l’intérêt d’une lignée, de même une lignée dans l’intérêt d’un village, un village dans l’intérêt d’une contrée et la terre elle-même dans l’intérêt de l’atman [5] ».

Le travail indien, concurrent du travail français ?

Le discours porté par nos interlocuteurs français ou indiens lors de ce voyage pouvait être optimiste, convaincu (ou faisant semblant de l’être ?) de la poursuite dans l’avenir et sur la longue durée des taux de croissance actuels (6 à 8 % par an) ou bien inquiet : comment créer 10 millions d’emploi par an ?

La prudence conseille de se tenir à l’écart de ce débat sur le futur pour essayer de voir ce qui aujourd’hui fait l’attractivité du travail indien. Notre interlocuteur de Delmia mettait par exemple en avant les critères suivants de la compétitivité indienne dans le secteur informatique :

  • La maîtrise de l’anglais
  • La qualité des ressources humaines, synthétisée dans l’acronyme « ASK »
    • A pour Attitude, un comportement positif des employés (culture indienne du respect de la hiérarchie ?)
    • S pour Skill, les compétences comme par exemple la bonne maîtrise du raisonnement logique et mathématique
    • K pour Knowledge, les connaissances requises pour le travail
  • Le coût très bas de la main d’œuvre

Mais à ces critères positifs, notre voyage peut conduire à apporter au moins quelques éléments de modération.

Les infrastructures indiennes sont souvent défaillantes : problème d’énergie, de transport, d’eau, etc. Le développement informatique logiciel, du fait de son caractère immatériel sur certains tronçons échappe en partie à ces défaillances. Mais pour nombre d’autres activités, elles sont un facteur déstructurant ou un goulot d’étranglement.

Du fait de l’accroissement de la productivité et de la concurrence, les industries traditionnelles qui relèvent souvent du secteur organisé sont moins porteuses d’emploi qu’auparavant.

La haute technologie est un incontestable pôle du développement indien. Mais, comme en Occident, c’est un secteur faiblement créateur d’emploi qui ne compense pas les pertes subies dans les industries traditionnelles. Il ne semble pas tirer le développement économique global. En outre, les emplois qu’il crée sont de haut niveau de qualification, et ne répondent pas au besoin énorme d’emploi peu qualifié nécessaire à la grande majorité de la population indienne dont le taux d’analphabétisme serait de 30 % [6].

La concurrence peut donc être directe avec des emplois français, mais pas sur tous les fronts. L’économie indienne n’est pas globalement conquérante ; elle a aussi et peut-être d’abord à faire face à de très importants problèmes d’insuffisante accumulation du capital, de sous-développement et d’inégalité sociale et territoriale.

Delmia

C’est une filiale de Dassault Systeme qui a des bureaux dans 19 pays. Elle est spécialisée dans l’élaboration de progiciels de simulation du cycle de vie des produits (PLM, Product Life Management), ce qui permet de réduire les coûts et délais de conception de ces produits, que ceux-ci soient des avions, des automobiles, des usines, etc. Delmia est leader mondial sur ce marché.

Le bureau de Bengalore emploie 150 personnes. Sa réussite tient à sa capacité d’innovation. C’est donc une société attractive pour « les meilleurs ingénieurs » (les textes entre guillemets sont des citations de son dirigeant). Mais « quand on a les meilleurs, c’est aussi un défi de les retenir ». C’est la raison pour laquelle son directeur attache une grande importance aux conditions de travail et d’emploi dans son entreprise, ce qui va peut-être de pair avec un management qui dépasse les relations professionnelles : « Mes employés sont une extension de ma famille. Je dis toujours que j’ai 150 gendres ».

Lors de la visite et des échanges avec le directeur, certains aspects des conditions de travail et d’emploi ont été mis en relief :

  • L’ensemble du personnel a le statut cadre ; il n’existe pas de syndicat ;
  • Les espaces de travail sont semi paysagers. ils regroupent les équipes de travail (25 équipes de 2 à 15 salariés, selon les projets) ;
  • Un programme est mis en place qui fait accéder les salariés au terme de 5 années d’ancienneté à un « club privilège ». Cela leur permet de faire prendre en charge par l’entreprise un voyage familial et un certain nombre d’achats ;
  • Il n’existe pas de sécurité sociale, mais une assurance santé est proposée aux employés pour couvrir leur famille, incluant les parents. En Inde, ces derniers vivent avec leurs enfants, ce qui rend socialement attractif ce dispositif ;
  • Lors du déplacement récent de l’entreprise, tous les frais de déménagement des employés ont été pris en charge par la société ;
  • L’entreprise propose une cantine et une salle de musculation. Les employés ont une liberté dans leur prise de pauses.

Lors de cette visite, notre seule source d’information aura été son dirigeant, par ailleurs très sympathique et disponible. Nous n’avons pas eu d’entretien avec des salariés.

Rilly-la-montagne, 11/07/2004

Si vous êtes arrivés jusqu’ici, à titre d’agrément visuel, vous pouvez feuilleter un carnet de photos que j’avais également réalisé à l’époque et qui aurait pu s’intituler  Un voyage éclair en Inde pour beaucoup de questions… en cliquant sur le lien ci-dessous.

Ceux que ce fascinant pays intéresse peuvent aussi consulter dans ce même bloc-notes deux autres articles : Le travail de l’eau dans le désert du Thar (Rajasthan) et Amour, jeu, vol… et travail dans la peinture indienne . Je leur conseille également deux magnifiques romans sur l’Inde : L’équilibre du monde de Rohinton Mistry, une fresque sociale de l’Inde des années 1970, et Un bonheur en lambeaux de Nirmal Verma, le texte poétique d’une grande figure de la littérature indienne du XX° siècle.

 

[1] J’étais à l’époque directeur de l’Association pour l’amélioration des conditions de travail de Champagne-Ardenne. A ce titre, j’avais fait partie d’une session nationale tripartite organisée et financée par le Ministère du travail. Ces sessions nationales ont lieu chaque année depuis 1986. Elles ont pour objectif de favoriser le dialogue social en France en permettant à ses acteurs, en dehors de toute négociation, d’échanger et confronter leurs points de vue sur l’avenir du travail et de l’emploi.

Comme chaque année, nous étions trente à en bénéficier : dix représentants des organisations syndicales, dix des employeurs et dix de l’État. Cette session s’est déroulée sur cinq semaines, et comportaient deux voyages d’étude (en Angleterre et en Inde).

[2] En Inde, le niveau de survie serait de 2 euros par jour ; il ne permet toutefois pas de se loger.

[3]  Les statistiques indiennes sont toujours sujettes à caution. Ainsi, il y aurait officiellement 12 millions d’enfants qui travaillent en Inde, alors que les ONG parlent de 64 millions. En fait, cela tient aussi à la définition qu’on veut bien donner au travail des enfants. Par exemple, est-on enfant jusqu’à 10, 12 ou 14 ans ? Les ONG considèrent que l’on doit prendre en compte tous les enfants qui devraient être à l’école et qui n’y sont pas. Mais il y a aussi des enfants qui peuvent travailler après l’école.

[4] Visioconférence avec Gérard Heuze, le 23 avril 2004. A publié Travail et travailleurs en Inde (cahiers du LERESCO, 1987)

[5] Atman : soi-même. Pronom personnel de la 3° personne. La partie immortelle de soi, quand elle est identifiée au brahman (caste supérieure) ou au Purusha (l’homme par excellence qui s’applique aux trois divinités majeures de l’hindouisme : Vishnu, Shiva et Brahma). Source : Le Mahâbhârata, traduction de Jean-Michel Péterfalvi et commentaires de Madeleine Biardeau. GF-Flammarion

[6] Il serait descendu de 50 % en 1991 à 30 % en 2004. Source : Ambassade d’Inde en France.

Manuel d'écologie du travail

Un livre offert pour méditer et débattre en 2026 !

Chaque année, au 31 décembre, je publie des vœux pour l’année qui s’annonce. Mais ces derniers temps, c’est devenu un exercice difficile tant la terre semble avoir perdu la boule, les plus vindicatifs de ses occupants-dirigeants préférant cultiver la haine ou la guerre dans le plus grand cynisme plutôt que professer l’hospitalité et l’entente des peuples.

Gaspard et Melchior raccompagnant Balthazar à la frontière1

Alors cette année, je ne formulerai pas de vœux, mais j’offrirai un cadeau à mes abonnés et à ceux qui font un petit tour sur mon bloc-notes : un Manuel d’écologie du travail, viatique pour les temps qui viennent.

C’est un ouvrage que j’ai rédigé en 2017. J’avais à l’époque pensé pouvoir trouver un éditeur pour le publier. Mais j’ai fait chou blanc. Je l’ai alors simplement mis de côté, puis quasiment oublié. Je ne l’ai retrouvé que récemment, perdu au fond d’un disque dur externe, en léthargie profonde. Je l’ai alors relu, et lui ai trouvé encore plein de vigueur potentielle. Je l’ai donc réanimé, l’améliorant ici ou là pour effacer quelques balafres mal cicatrisées qui lui restaient sur le visage. Je l’ai fait circuler auprès d’une cinquantaine d’amis, connaisseurs du monde du travail ou philosophes, pour avoir une première idée de l’accueil qu’il pourrait recevoir. Ces avis ont fini de me convaincre qu’on ne lui claquerait pas la porte au nez.

Alors le voici, sous deux formes, que vous pouvez télécharger librement en cliquant sur les liens insérés sous ce paragraphe : Manuel d’écologie du travail pour liseuse (format epub) et Manuel d’écologie du travail pour lecture sur ordinateur ou impression (format pdf). Libre de tout droit, vous pourrez le diffuser à votre tour dans vos réseaux sociaux si vous pensez qu’il le mérite, et bien sûr à condition que vous respectiez le droit d’auteur en n’apportant aucune modification au document.

Vos avis le concernant seront les bienvenues. J’ai mis en forme les retours déjà reçus, afin de mettre en relief les accords et les objections formulées à certaines des idées qu’il véhicule. Vous pouvez ouvrir ce document en cliquant sur le lien ci-dessous. Je conçois en effet cet ouvrage comme une possibilité offerte au débat sur une question centrale de la vie des hommes et de leur avenir. Alors n’hésitez pas, revenez ici une fois que vous l’aurez lu ou même seulement feuilleté, pour y laisser vous aussi votre commentaire. Si d’ailleurs des collectifs sont intéressés, je suis disponible pour les rencontrer et échanger au sujet des thèses qu’il met en avant.

Enfin, à l’attention des amoureux du livre imprimé, j’ai fait tirer quelques exemplaires en format A5 que je peux dédicacer. Je ne leur demanderais que le remboursement des frais d’impression et d’expédition. Vous pouvez me contacter à ce sujet, si cela vous intéresse par la fiche Contact.

Alors bonne lecture et bonne année 2026 (tout de même !).

Post-scriptum
Comme quoi, il ne faut jamais désespéré. Notre Assemblée nationale élue dans des conditions rocambolesques, à la va comme je te pousse, ne disposant d’aucune majorité, a voté à l’unanimité, juste avant le gong final de l’année, une loi de réhabilitation des personnes condamnées pour avoir pratiqué ou aidé à pratiqué l’avortement avant que la loi Veil ne l’autorise2 ! Qu’une majorité d’idées en France consolide ce droit des femmes et que le Parlement l’acte, mérite bien qu’on le salue, n’est-ce pas ?

Histoire du travail, Images

La Chine sous Mao ou le travail pris dans les filets de l’idéologie – 2ème partie

La première partie de cet article consacré aux représentations du travail sous la République Populaire de Chine s'était arrêtée en 1965 (Voir La Chine sous Mao ou le travail pris dans les filets de l’idéologie – 1ère partie). En voici la suite qui s'ouvre sur le Révolution culturelle et s'achève sur les mutations économiques ouvertes après le décès de Mao Tsé-toung.

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Histoire du travail, Images

La Chine sous Mao ou le travail pris dans les filets de l’idéologie – 1ère partie

A Shanghai, au 7° étage d’un ensemble immobilier est niché un musée privé qui recherche, conserve et expose les affiches de propagande produites en République Populaire de Chine de 1949 à 1997. Il a bien du mérite car bien que produites à l’époque en grande quantité, elles ont été pour la plupart détruites après la mort de Mao Tsé-toung. Or ce sont des témoignages historiques de première grandeur. Ils permettent de suivre les campagnes idéologiques et les mots d’ordre du Parti au pouvoir. Mais ils ont en outre un intérêt esthétique car si sur le fond les thématiques étaient imposées, la production en était  décentralisée, ce qui autorisait une grande variété de style et de qualité. 

C’est évidemment la manière dont le régime communiste met en scène le travail qui va ici nous intéresser et servir de fil rouge à cet article [1].

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Technologies numériques

Les technologies numériques, fer de lance de la révolution industrielle ou son chant du cygne ?

Les technologies numériques envahissent notre quotidien et s’immiscent dans tous les interstices de notre vie individuelle et collective : économique, sociale, relationnelle, culturelle, politique… Elles nous mobilisent tous d’une manière ou d’une autre, les enthousiastes comme les sceptiques.

Nous vivons des temps que l’on peut qualifier de révolutionnaires car ils vont, en quelque dizaines d’années, transformer radicalement nos conditions et nos modes de vie, que nous le voulions ou non, que nous nous y préparions ou non. Nous allons les vivre alors que la civilisation industrielle qui aujourd’hui domine  le monde entre en contradiction avec elle-même. Elle va devoir en effet rapidement se passer des énergies fossiles dont la consommation intense a assuré sa croissance inouïe.  Mais dans sa phase actuelle de développement censée assurer le relais de productivité qui est son carburant, elle s’appuie sur des technologies numériques qui sont consommatrices d’énergie.

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Cinéma et travail

Les shadoks, ces héros du labeur inefficace

Le 29 avril 1968, quelques jours avant l’occupation de la Sorbonne qui allait inaugurer la série des évènements de mai et juin, apparaissait sur les écrans de télévision, à un moment de grande écoute [1], une sorte d’OVNI du dessin animé : l’histoire croquignolesque des shadoks et des gibis. Jeune adolescent à l’époque, j’en garde un souvenir tendre et amusé, ravivé il y a peu par le visionnage de certains épisodes, complété de quelques lectures [2].

Dès les premières images, le ton était donné : des dessins sommaires à base de lignes, de la musique concrète, des caricatures d’animaux, un conteur à la voix inoubliable énonçant doctement une histoire ou des maximes absurdes, une intrigue abracadabrante… Cette création du Service de recherche de l’ORTF [3] a divisé les spectateurs. Il y avait ceux qui ont adoré cette apologie du non-sens et ceux qui critiquaient le vide de sa pensée ou son mauvais goût. Il faut dire qu’à l’époque, le dessin animé de référence était celui de Walt Disney, léché et bien pensant. Heureusement, ceux qui soutenaient l’initiative furent bien plus nombreux que ceux qui la vouaient aux gémonies, et pendant 3 saisons, nous avons pu suivre les inénarrables péripéties des shadoks et des gibis [4].

Mais si j’en fais état ici, dans mon bloc-notes, ce n’est pas seulement parce que j’en ai aimé l’ironie et l’inventivité constante, ou parce que c’est un bel exemple d’innovations cumulatives [5], c’est aussi parce que les shadoks sont la seule espèce animale connue qui ait un rapport monomaniaque au labeur : ils travaillaient avec obstination jusqu’à l’épuisement, pour un résultat toujours décevant.

Plantons d’abord le décor avec quelques dessins tirés du storiborde [6] du premier épisode.

Planètes sdk

Texte 1

Texte 2

But terre
Extrait du storiborde de l’épisode 1, série 1

Les shadoks et les gibis ont donc le même but. La première saison est consacrée à leur compétition pour l’atteindre les premiers. Chacun de son côté a construit une fusée, mais pour qu’elle les convoie jusqu’à la terre, son réservoir doit être rempli d’un carburant puissant. Alors que les gibis ont un procédé qui leur permet d’en extraire un à partir de l’atmosphère, le Cosmogol C999, les shadoks eux n’en ont pas. Ils forment donc le projet d’aspirer vers leur planète cette précieuse énergie gibie grâce à une Cosmopompe (épisode 5). C’est probablement du fait de ce scénario initial que Jacques Rouxel, l’inventeur des shadoks, en a fait des animaux qui toujours pompaient, pompaient, pompaient.

5 La cosmopompeL’épisode ci-dessous fournit un bel exemple de leur persévérance dans l’effort, malgré l’échec…

L’inefficacité de leurs tentatives ne les désarme donc pas. Ils sont en effet animés par une logique implacable et insensée : « la fusée shadok avait une chance sur un million de marcher, alors ils se dépêchaient de bien rater les 999 999 premiers essais. Pour être sûr que le millionième marche ».Jacques Rouxel donne une définition de cette « logique » : « L’esprit shadok, c’est le non-sens. Le non-sens consiste à imaginer des histoires ou des raisonnements qui ont l’air bien extérieurement, mais qui ne tiennent pas debout. Le non-sens ou plus exactement l’humour est une gymnastique hygiénique et intellectuelle » [7]

En vertu du principe bien connu selon lequel celui qui n’a qu’un marteau voit tous les problèmes en forme de clou, les shadoks résolvent tous les leurs par pompage. C’est ce qu’illustre magnifiquement cet épisode : 

Résoudre des problèmes, c’est effectivement le but de tout travail. Mais peut-on appeler travail ce qui n’en résout jamais ? En fait, la série dissocie ses deux versants habituellement étroitement liés l’un à l’autre : d’un côté une activité ingénieuse et de l’autre la production qu’elle vise et pour laquelle cette activité a été conçue. Chez les shadoks l’activité (le pompage) n’aboutit jamais à rien, chez les gibis, les productions (une fusée, le Cosmogol, des télévisions…) s’obtiennent sans rien faire ; il leur suffit d’arroser pour que les usines poussent. Au fond, le travail des shadoks n’est pas insensé, il est inefficace. Ce n’en est donc pas un. Les gibis produisent eux sans travailler, comme par magie. Ils ne travaillent donc pas. C’est le contraste entre ces deux mondes qui fait aussi le charme de ce feuilleton !

*****

J’invite ceux qui n’ont pas la chance de connaitre cette œuvre atypique d’en explorer plus avant les malices – les autres aussi évidemment, pour siroter de la nostalgie.

On peut en consulter les 4 saisons (les 3 saisons originales diffusées entre 1968 et 1973 et la quatrième produite et diffusée en 2000 par Canal +) sur Madelen, le site de diffusion de l’INA ou sur YouTube ou en emprunter les DVD dans des médiathèques.

Je vous conseille de les regarder comme ils ont été diffusés : un épisode à la fois, en début de soirée. C’est comme cela qu’on peut le mieux les apprécier.

Pour terminer, voici quelques aphorismes shadoks dessinés par jacques Rouxel [8], à ne pas mettre entre toutes les mains.

Fdts pensée ShdJacques Rouxel, Les fondements de la pensée shadok, 1994
Dans la marine 3Jacques Rouxel, Dans la marine…

 

 

[1] Chaque épisode durait 2 minutes ; il succédait au Journal télévisé du soir.

[2] J’ignorais tout de la genèse des shadoks, lacune que j’ai d’abord comblé grâce à une conférence de Sébastien Denis, Les shadoks au travail, qu’il avait prononcée  au Rendez-vous de l’histoire de Blois (octobre 2021). C’est en l’écoutant que m’est venue l’idée de cet article.

[3] L’Office de radiodiffusion-télévision française (ORTF) assurait la radiodiffusion et la télévision publique, la gestion des émetteurs et la production audiovisuelle nationales et régionales. Il a été divisé, en 1975 en 7 sociétés autonomes. Son service de recherche, créateur des Shadoks, a été intégré dans l’INA (Institut National de l’Audiovisuel), l’une de ces 7 sociétés.

[4] Source : Thierry Dejean, Les shadoks de Jacques Rouxel, Hoëbeke, 2018

[5] Le succès de ce feuilleton tient à la multitude d’influences et d’innovations dont il a bénéficiées. A tout seigneur, tout honneur, l’histoire d’abord imaginée par Jacques Rouxel, qui trouvait son inspiration chez Alphonse Allais ou dans le goût britannique pour le non-sens et pour le dessin du côté des Comics trips américains (Snoopy, Mafalda…) ; l’animographe, une machine à faire les dessins animés inventée par Jean Dejoux qui simplifiait le processus de production et diminuait le nombre d’images nécessaires (5 à 6 images par seconde au lieu de 24) ; la musique concrète dont la paternité est attribuée à Pierre Schaeffer, par ailleurs directeur à l’époque du Service de la recherche… (Source : Les shadoks de Jacques Rouxel)

[6] Pour franciser story-board, « scénarimage » ou « scénario en images » sont proposés. Il me semble qu’on se faciliterait la vie, quand un vocable étranger est dominant, à tout simplement en franciser l’orthographe.

[7] Cité par Thierry Dejean et Marcelle Ponti-Rouxel, Jacques Rouxel, les shadoks, une vie de création, Hachette – Edition du Chêne, 2012, page 266

[8] Source : Jacques Rouxel, les shadoks, une vie de création

Images

Peinture chinoise et représentations du travail

Si les lettrés ont privilégié la peinture d’idées et l’ont centré sur la relation de l’homme au monde qui l’entoure (voir l’article « La peinture chinoise des lettrés ou comment célébrer l’harmonie de l’homme avec la nature »), la peinture chinoise ne s’est pas limitée à ce thème, ni à ce style. Elle plonge loin dans le temps ses racines, même si ses œuvres les plus antiques sont rarement parvenues jusqu’à nous. La peinture savante n’est qu’une de ses branches, qui apparait au X° siècle sous les Sòng et ne s’est imposée qu’à partir de la dynastie Yuán [1] (1280 – 1367). Dans cette autre peinture – distinguons la de la peinture des lettrés en la qualifiant de professionnelle [2] –, les représentations du travail restent toutefois peu fréquentes. Il existe néanmoins quelques exceptions notables. Ce sont certaines de celles-ci que je me propose de présenter dans ce deuxième article.

Commençons par les témoignages les plus anciens.

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Chanter le/au travail

Chanter le travail : « Work song » de Nina Simone

Work song a d’abord été publié dans un album solo d’Oscar Brown Junior en 1960. Mais c’est l’interprétation de Nina Simone en 1961 qui en fit un succès mondial.

Cette chanson du travail [1] trouve assez naturellement sa place ici car son titre n’est pas usurpé.


Il s’agit certes d’un travail forcé que l’Organisation Internationale du Travail condamne, mais qui renvoie en l’occurence à la tradition carcérale punitive des bagnes américains. Ce travail est un travail sans qualité puisqu’il s’agit de casser des pierres, sans qu’on sache même à quoi cela peut bien servir. Mais ce qui fait la grande valeur du texte, c’est qu’il rend compte avec justesse de ce qui se passe pour un travailleur, fut-il un criminel, lorsqu’on lui demande de faire une activité qui sollicite très peu sa réflexion : il pense à sa vie, et là en fait il la rumine. Mais de temps à autre, son attention est ramené au présent par ce qu’il fait, avec une phrase scie introduite quatre fois : « Hold it (steady) right there while I hit it ». On ne sait pas exactement à quoi ce « it » neutre renvoie : à la chaine qu’il cherche à briser ? à la pierre qu’il est en train de casser ? Peu importe, cette phrase incidente souligne une autre caractéristique du travail sans qualité : il nous remobilise dès que quelque chose nous oblige à sortir de sa routine.

Claude Nougaro a repris cette musique, mais en en changeant les paroles. Dans Sing Sing, il fait totalement disparaitre le travail. Il ne reste plus du texte original que l’idée de bagne et de la souffrance qu’inflige la durée de la peine. Cela n’enlève rien évidemment à la qualité de son interprétation, tout aussi jazzy que celle de Nina.

Voici les paroles de cette chanson dans sa version originale, avec en face une traduction de mon cru (anglophones avertis, vos corrections sont les bienvenues !). Je vous suggère de les lire après avoir sur le lecteur ci-dessous.

Work songChanson du travail
Breaking up big rocks on the chain gang
Breaking rocks and serving my time
Breaking up big rocks on the chain gang
‘cause they convicted me of crime
Hold it steady right there while I hit it
Well I reckon that ought to get it
Been working and working
But I still got so terribly far to go
I commited crime Lord I needed
Crime of being hungry and poor
I left the grocery store man bleeding
When they caught me robbing his store
Hold it steady right there while I hit it
Well I reckon that ought to get it
Been working and working
But I still got so terribly far to go
I heard the judge say five years
On the chain-gang you gonna go
I heard the judge say five years labor
I heard my old man scream « Lordy, no ! »
Hold it right there while I hit it
Well I reckon that ought to get it
Been working and working
But I still got so terribly far to go
Gonna see my sweet honey bee
Gonna break this chain off to run
Gonna lay down somewhere shady
Lord I sure am hot in the sun
Hold it right there while I hit it
Well I reckon that ought to get it
Been workin’ and workin’
Been workin’ and slavin’
Been workin’ and workin’
But I still got so terribly far to go
Briser de grosses pierres, enchainé aux forçats
Briser des pierres et purger ma peine
Briser de grosses pierres, enchainé aux forçats
Parce qu’ils m’ont condamné pour crime
Tiens le bien pendant que je la frappe
D’accord, j’estime que je l’ai mérité
De travailler et travailler encore
Mais j’ai tellement de temps à y passer
J’ai commis un crime, Seigneur, dont j’avais besoin
Le crime de la faim et de la pauvreté
J’ai laissé l’épicier en train de saigner
Quand ils m’ont attrapé en train de voler dans son magasin
Tiens le bien pendant que je la frappe
D’accord, j’estime que je l’ai mérité
De travailler et travailler encore
Mais j’ai tellement de temps à y passer
J’ai entendu le juge dire « cinq ans
De bagne pour toi »
J’ai entendu le juge dire « cinq ans de travaux forcés »
J’ai entendu mon vieux crier « Mon Dieu, non ! »
Tiens le juste pendant que je la frappe
D’accord, j’estime que je l’ai mérité
De travailler et travailler encore
Mais j’ai encore tellement de temps à y passer
J’vais voir ma tendre abeille
J’vais briser cette chaîne pour courir
J’vais m’étendre à l’ombre quelque part
Seigneur, j’ai vraiment chaud sous le soleil
Tiens le juste pendant que je la frappe
D’accord, j’estime que je l’ai mérité
De travailler et travailler encore
De travailler comme un esclave
De travailler et travailler encore
Mais j’ai encore tellement de temps à y passer

Musique : Oscar Brown junior et Nat Adderley. Paroles : J J Johnson

J’ai beaucoup hésité sur le lien que j’allais placer ici pour que vous puissiez maintenant écouter Nina Simone. J’ai finalement choisi celui-ci, https://youtu.be/yfQNdwgvJMw , bien que la vidéo à laquelle il conduit soit truffée de textes en surimpression car c’est la seule que j’ai trouvé où l’on voit Nina Simone y interpréter en live sa chanson. Avec les autres, on l’entend, mais sur le fond d’une image fixe.

 

[1] Work song est également connu sous un autre titre : Chain gang (groupe de forçats enchainés).

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Les impressionnistes et leurs successeurs, témoins de l’industrialisation de la France (1870 – 1914) – 2° partie

Cet article est la suite de celui publié le mois dernier. La première partie (à lire évidemment avant la seconde) montrait comment l’industrialisation en France avait abouti à créer sur le territoire de nouveaux paysages entièrement créés de main d’homme et présentait quelques activités manuelles réalisées en plein air, donc facilement observables par des peintres ou des dessinateurs travaillant sur le motif.

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Les impressionnistes et leurs successeurs, témoins de l’industrialisation de la France (1870 – 1914) – 1° partie

Au musée des Beaux Arts de Caen se tenait une exposition que j’avais prévu de voir début novembre quand le rideau du deuxième confinement s’est abaissé sur le monde de la culture, m’en interdisant l’accès. Aussi, c’est seulement à partir de son catalogue « Les villes ardentes. Art, travail, révolte. 1870 – 1914 » que j’ai pu la visiter. Une expérience moins sensuelle évidemment qu’un contact direct avec les œuvres, mais une source très riche pour rendre compte, par l’art de cette époque, du mouvement d’industrialisation qui agitait alors la France.

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