La nature cachée du travail ou le grand renversement [« Le travail contre nature »]
Ce qui caractérise l’espèce humaine dans son mouvement pour la vie et la différencie des autres espèces, c’est qu’elle ne se satisfait pas des conditions naturelles dans lesquelles elle se trouve jetée, mais cherche toujours à créer les conditions de vie et de travail qui lui conviennent. Pour cela, elle interpose entre la nature et elle, un monde matériel qui est comme le placenta de l’espèce, c’est-à-dire l’intermédiaire par lequel passent ses échanges avec la nature.
Ce monde matériel est un produit de l’histoire. Il était, à l’émergence des premiers groupes humains, réduit à quelques outils, peut-être quelques vêtements. Le contact avec les conditions naturelles était, pour ces groupes, direct ou plutôt à portée de main, parfois brutal. Puis, il s’est densifié au fur et à mesure du développement de la maîtrise technique de l’espèce. Des habitations, des ustensiles, des parures sont apparus, et ainsi progressivement pendant des centaines de milliers d’années jusqu’aux accélérations successives récentes qu’ont constituées la révolution néolithique puis industrielle.
Ce monde matériel, expression de notre espèce, couvre maintenant l’ensemble de la planète. D’une certaine manière, la nature en est revêtue. Celle-ci nous apparait le plus souvent comme paysage – agricole, forestier ou urbain –, c’est-à-dire marquée dans sa texture du sceau de l’empreinte humaine. Quand nous le contemplons, c’est notre image qu’il nous renvoie.
Ce monde matériel est une production collective. Il est renouvelé en permanence et tend à la fois à grandir et à se sophistiquer, au fur et à mesure du développement économique et des innovations techniques. Il constitue le milieu de notre vie quotidienne, mais aussi celui du travail. Son épaisseur est aujourd’hui telle qu’il nous éloigne de la nature et semble produire sur nous deux effets subjectifs qui se combinent, le sociocentrisme et le développement d’un sentiment de puissance.
Commentaire « Faire paysage » à partir d’une illustration de Charles Leval, 2012 – Non reproduit ici.
Le sociocentrisme[1] est l’idéologie qui résorbe la nature au sein de la société, l’oblitère même. Dans cette conception, elle n’est plus notre matrice vitale, mais un moyen de la « grandeur » humaine, un simple outil à son service. Cette illusion d’indépendance se renforce à mesure de notre compréhension des lois de la nature et de l’accroissement du monde matériel. Elle ne se trouve écorchée qu’à l’occasion de la maladie ou de la mort, à la vue d’un paysage sublime ou lorsque nous sommes pris dans des déchainements naturels : un tremblement de terre ou l’explosion d’un volcan. Mais dans notre vie quotidienne, urbaine ou rurale, tout semble à notre main, de notre main.
Le travail contemporain aussi nourrit cette illusion. De manière certes un peu réductrice, on peut, selon leur objet, distinguer en son sein deux familles. D’un côté, il y aurait celui que l’on effectue au service des hommes et de leur communauté : la médecine, l’éducation, la restauration, la coiffure, le maintien de l’ordre… ; de l’autre, il y aurait celui qui porte sur la construction et le renouvellement du monde matériel : l’agriculture, la pêche, l’extraction minière, l’industrie, le bâtiment… Le premier est un travail socialisant, le second un travail naturant. Le travail socialisant est par destination anthropocentré. Il peut donc aisément nourrir le sociocentrisme. Mais c’est aussi devenu le cas du travail naturant contemporain qui ne cesse de nous éloigner de la nature. Plusieurs phénomènes convergent dans ce sens. Le progrès technique en est le principal, dont le productivisme accélère le mouvement. Il crée un monde de machines et d’équipements qui assure la médiation de la confrontation du travailleur à la nature. Mais c’est aussi le cas de la division intensive du travail dans la mesure où, en désossant et désarticulant les métiers en petites tâches répétitives, elle enlève toute vue globale du processus et prive les acteurs des connaissances de la matière qu’ils traitent. C’est également le cas de la tertiarisation des métiers dans les secteurs primaires et secondaires. Travailler à l’usine ne signifie plus seulement être ouvrier. On peut y être comptable, commercial, employé en charge de la qualité, etc. L’informatisation va également dans ce sens. Dans les procès industriels automatisés, les ouvriers passent aujourd’hui plus de temps dans les salles de contrôle qu’auprès des machines ou des matériaux. Notre rapport travaillant à la nature s’en trouve aujourd’hui pour l’essentiel délégué ; il cède ainsi la place, pour beaucoup d’entre nous, à un rapport seulement romantique dans lequel nous n’attendons plus charnellement d’elle qu’elle nous fasse vivre. Fragile, il nous faut la protéger, enlaidie, il nous faut la nettoyer. Nous nous haussons ainsi sur la pointe des pieds pour nous croire plus grands qu’elle, alors que nous sommes sienne comme elle est nôtre.
Par construction, les sciences humaines également participent de l’illusion d’indépendance. La plus ancienne, l’économie, le manifeste clairement dans son objet et ses principes constitutifs. Elle se dégage au XVIII° siècle, en cherchant à conceptualiser les processus de production, de consommation et d’échanges du capitalisme s’affermissant. Dans ces processus, la nature est sous-jacente, mais absente dans la pensée. Cette science s’est constituée alors que notre planète semblait ne pas connaitre de limites atteignables par l’homme et que l’intégration de la question de son usage n’apparaissait donc pas utile à sa réflexion et son action. On pourrait donc y voir un simple péché de jeunesse qui pourrait avec l’âge être aisément corrigé. Mais ce n’est pas le cas car le mal se tient à la racine. Ce qui est au fondement de la pensée économique, ce sont les deux notions de valeur et de propriété, liées l’une à l’autre. L’évaluation est un jugement propre à l’homme qu’il porte sur les choses qui l’entourent. Elle lui permet de les comparer, aussi hétérogènes soient-elles, et de les hiérarchiser. Mais la valeur économique d’un bien n’apparait qu’à condition que celui-ci soit appropriable. Ce qui ne l’est pas, parce que commun à tous, n’a aucune valeur, même si c’est vital. Ainsi en est-il de tous les services que rend gratuitement la nature. Ils n’ont aucune valeur bien qu’ils nous soient essentiels. Ainsi l’air que nous respirons : il ne devient une valeur économique que lorsque nous en manquons et qu’une activité humaine peut l’apporter : sous l’eau, sur la lune, sous la forme d’une cure ou de vacances au « grand air », etc. Ainsi encore de la pollinisation qui est assurée par les abeilles et permet de féconder un grand nombre de plantes qui sans cela seraient stériles. La vanille par exemple, qui, à la Réunion, ne bénéficiait pas de l’agent pollinisateur de son pays d’origine, le Mexique, n’a pu s’y développer que lorsqu’en 1841 un jeune esclave découvrit une méthode manuelle pour la réaliser à sa place. Depuis ce sont des femmes qui la fécondent et non plus les abeilles.
Ce que fait la nature ne compte donc pas, mais seulement ce que nous faisons ; nos sociétés sont la mesure de toute chose. L’économie prend en compte la nature seulement quand elle est passée entre nos mains. Mais pourquoi ce sociocentrisme poserait-il problème ? Après tout, disent les économistes, le marché sait parfaitement prendre acte de la raréfaction des biens. Certes, mais s’étant mise à l’abri de la nature, l’économie développe des objectifs – aujourd’hui, le développement de la productivité et la maximisation du profit – qui sont aussi sociocentrés. La préservation d’une vie diversifiée sur terre peut être un objectif politique, mais il ne saurait être économique ou gestionnaire. Ce n’est pas de l’intérieur de ces « sciences », tant qu’elles seront ce qu’elles sont, que peut naître un pilotage raisonnable de notre rapport au monde.
Mais l’économie n’est pas seule à renforcer le sociocentrisme. C’est aussi le cas de la sociologie, là aussi par construction. Dans Les règles de la méthode sociologique, Emile Durkheim invite à observer un principe épistémologique qui permet de définir strictement le champ et la portée du discours sociologique :
« La cause déterminante d’un fait social doit être cherchée parmi les faits sociaux antécédents, et non parmi les états de conscience individuelle » ; « la fonction d’un fait social doit toujours être recherchée dans le rapport qu’il soutient avec quelque fin sociale »[2]
Le sociologue Maurice Halbwachs a fait ces règles pleinement siennes. Leur application le conduit à socialiser la question de la relation des hommes avec la nature matérielle[3]. En effet, puisque dans les relations n’entrent que des termes de même nature, « rien de ce qui est matériel ne peut pénétrer dans la conscience du groupe tout en continuant à relever de l’ordre des faits mécaniques ». Les consciences ne se confondent pas avec les choses, elles se les représentent. Mais entre les représentations des actions physiques sur la matière et celles des activités en direction des hommes,
« il n’y (a) une différence non pas seulement de nature, mais au regard de l’appréciation sociale, une opposition de dignité et de valeur (car) pour agir sur la matière, une conscience doit s’isoler en face d’elle (et) dans la mesure où il entre en contact avec les choses, l’homme est contraint d’oublier ses semblables ».
Dès lors qu’une société confie à une classe d’hommes l’accomplissement des tâches industrielles, ceux-ci se trouvent séparés de tous les autres. C’est sur la base de ce raisonnement qu’il définit la classe ouvrière comme « l’ensemble des hommes qui, pour s’acquitter de leur travail, doivent se tourner vers la matière et sortir de la société ».
La division du travail intellectuel dans les sciences humaines au XIX° et XX° siècle a abouti à distinguer les territoires du regard sur l’humanité et à définir des tranches de légitimité du discours sur elle : l’économique s’explique par l’économique, le psychologique par le psychologique, le social par le social… mais l’homme est un et il doit bien faire la synthèse de ces différentes dimensions entre elles ainsi que de son humanité vis-à-vis de ce qui l’entoure et le fait vivre, comme son esprit fait un avec son corps. Le concept de travail se situe à l’exact croisement de l’homme et de la nature. La « science » qui permettrait de le penser n’est pas encore née. A défaut, nous pensons ou l’un ou l’autre, sur l’un ou l’autre de ses versants.
Mais le monde matériel que nous avons construit à partir de la nature et qui nous en sépare nous conduit aussi à porter sur notre espèce un regard admiratif et élogieux. Nous ne sommes évidemment pas assez naïfs pour nous croire immortels, mais peut-être assez pour penser que nous pourrions le devenir.
Lorsque nous parcourions en bande les savanes avec comme seule protection nos muscles, quelques outils et notre intelligence, la nature ne pouvait que nous apparaître puissante et nous bien petits. Ce sentiment de faiblesse ou d’effroi face aux mouvements d’un monde divinisé a largement dominé l’histoire humaine. Ce n’est que dans ses derniers instants que la maîtrise technique et le développement du monde matériel ont pris une place si imposante dans notre vie qu’ils ont libéré en nous un sentiment de puissance collective.
La conquête de la lune – enfin ce qui nous a paru un temps être tel – est un des symboles les plus manifestes de cette puissance. Elle en est l’acmé, les désillusions accourant depuis en masse, à mesure de la conscience universelle des menaces que notre développement fait peser sur notre planète ou des catastrophes qu’il met sous nos yeux.
Commentaire « la dernière frontière » à partir d’une photographie prise depuis la lune, le 21 juillet 1969 – Non reproduit ici.
En 1969, des hommes ont réussi à atteindre la lune, y travailler et en revenir. L’événement fut diffusé sur toute la planète. Il a suscité une admiration universelle que résume bien la déclaration que fit Neil Armstrong lorsque son pied toucha le sol : « C’est un petit pas pour un homme ; un bond de géant pour l’humanité ». L’astronaute nous rappelait ainsi la longue chaine des connaissances pratiques qu’il a fallu que l’humanité découvre pour aboutir à ce résultat, et soulignait l’extraordinaire maîtrise technique à laquelle elle était parvenue. Mais si un enthousiasme compréhensible a pu saisir tous les contemporains de cette actualité inouïe, le recul que nous avons maintenant sur elle peut nous permettre de la voir autrement.
Elle fut vécue comme un exploit et la promesse d’autres progrès. Mais elle a aussi montré, sans que nous y soyons attentifs, que seule la nature terrienne pouvait nous accueillir. Aller sur la lune, c’est nécessairement apporter avec nous nos conditions de vie, les reproduire artificiellement : l’air que nous respirons, la température ou la gravité qui nous convient… Si des conditions identiques existent ailleurs que sur terre, nous ne savons pas où, et de toute façon, ce serait bien trop loin pour que nous puissions envisager une nouvelle colonisation.
Ce que nous avons aussi appris ce jour-là, c’est que nous ne pouvions pas faire fi de la nature car elle seule nous permet de vivre et que le monde matériel qui nous donne notre puissance nous la cache, ou encore qu’en allant sur la lune, nous étions peut-être dans la lune. Ce qui nous apparaissait comme une manifestation extraordinaire de puissance plaçait en même temps sous nos yeux la preuve de notre fragilité et de notre isolement galaxique.
Si des évènements spectaculaires comme celui-ci peuvent renforcer notre sentiment de puissance, l’évolution quotidienne des formes techniques y concourt aussi. Il est bien difficile dans un mouvement continu d’identifier des séquences homogènes. Reprenons toutefois pour simplifier l’idée de 3° révolution industrielle, celle qui nous ferait entrer dans une société de l’information et de la connaissance, une société immatérielle qui n’oserait pas dire son nom. Les innovations de l’informatique, de la téléphonie, du numérique, de la miniaturisation… et de leurs convergences nous mettent entre les mains des instruments dont la capacité d’action n’a pas de commune mesure avec la taille. Nous pouvons dialoguer entre Paris et Pékin, avec dans la main une boite de quelques centimètres cubes sans lien visible pour nous relier. L’innovation contemporaine nous cache ses artifices. Elle pourrait nous faire penser que nous entrons dans un monde aérien, sans gravité. Mais un monde matériel de plus en plus sophistiqué et complexe en reste la condition de possibilité, même s’il nous est invisible. Et ce monde matériel toujours en expansion menace désormais de plus en plus clairement nos conditions de vie planétaires.
Le travail naturant contemporain qui forge ce monde pourrait condamner notre espèce. C’est le grand renversement : alors que la finalité du Travail, dès l’origine et pendant des millions d’années, était la sauvegarde et le développement de l’espèce, il se transmute sous nos yeux en son contraire, comme une menace adressée à notre vie. Que pouvons-nous faire et espérer ?
[Voir la quatrième section « Pour une civilisation de la nature habitée »]
[1] Nous empruntons ce concept à Catherine et Raphaël Larrère, Du bon usage de la nature. Pour une philosophie de l’environnement, Alto Aubier, Paris, 1997
[2] Emile Durkheim, Les règles de la méthode sociologique, Quadrige / PUF, Paris, 1990 [1° édition 1895], p 109
[3] Maurice Halbwachs, « Matière et société », in Revue philosophique, 45, 1920 (pp. 88 à 122)
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Insécurité et sécurité au travail [« Le travail contre nature »]
« Sécurité » n’est pas un mot de même richesse sémantique que « reconnaissance ». Dans le Littré, alors que le deuxième dispose de 13 entrées (et 23 pour le verbe « reconnaître » dont il est le substantif), « sécurité » n’en a que deux, la deuxième ne faisant d’ailleurs qu’étendre son sens initial – et finalement unique – de l’individu à l’ensemble d’une collectivité humaine. Il n’est le substantif d’aucun verbe. Il ne dispose pas non plus de la même dignité philosophique, même si certains auteurs, ainsi que nous le verrons, peuvent dans leur œuvre en faire usage. En revanche, une simple exploration par des moteurs de recherche sur internet fait remonter deux à trois fois plus de liens avec le mot « sécurité » qu’avec celui de « reconnaissance ».
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Le travail, une notion anthropologique et culturelle [« Le travail contre nature »]
Depuis le XIX° siècle, les paléontologues sont à la recherche de l’origine de l’homme. Pour mener à bien cette quête, ils affrontent simultanément deux difficultés. La première pourrait sembler la plus redoutable. Il leur faut en effet trouver, sur toutes les terres émergées et sur une longue échelle de temps, des traces matérielles de ces « hommes », c’est-à-dire des squelettes et des crânes, si possible entourés de restes (des outils, des objets, des peintures ou des gravures, des graines, des os d’animaux, etc.) permettant de connaître le contexte immédiat de leur vie. Mais, c’est la deuxième qui va nous intéresser, car elle croise notre objet. Partant d’une espèce connue, l’homme moderne, ils doivent remonter le temps. Ils voient ainsi progressivement disparaître ou s’atténuer des caractères distinctifs de cet homme et se rapprocher des lignées voisines : les homo néanderthalis, d’abord, puis les australopithèques, enfin les paninés avec qui nous aurions un ancêtre commun vieux de sept millions d’années et qui donneront de leur côté les grands singes africains. Mais dans ce voyage à rebours, ils s’interrogent en permanence sur ce qui spécifie l’homme.
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‘Images’ en reprend des illustrations (uniquement celles qui sont entrées dans le domaine public). Le commentaire peut en avoir été adapté car elles sont sorties du contexte dans lequel elles s’inséraient. Elles ont été publiées en alternance avec des articles extraits du Travail contre nature. Mais régulièrement, je publie aussi de nouvelles illustrations du travail qui ne figurent pas dans mon essai.
Les autres rubriques ne sont pas en lien avec mon livre, mais avec le thème plus général du bloc-notes. Elles s’étoffent avec le temps.
En guise de préface : le retour à Ithaque [« Le travail contre nature »]
L’Odyssée pour moi s’achève ici. Sur Ithaque, le travail a bien changé, ou plutôt, mes yeux pour le voir ; un sentiment plus intime, plus profond, d’appartenir à l’humanité désormais m’envahit.
En quittant l’île il y a dix ans, j’avais mis dans les voiles le goût pour l’enquête philosophique et une énigme vivante, protéiforme, sur laquelle nous jetons un seul mot, alors qu’elle a tant de choses à nous dire. Le livre que vous avez entre les mains est le récit de ce voyage et de cette aventure, le récit d’une rencontre avec ce mot et l’histoire qu’il nous raconte dès que l’on est disposé à l’écouter : notre histoire.
L’intérêt du voyage, géographique ou intellectuel, c’est qu’il nous change autant qu’il nous transporte. J’étais parti de l’île avec une question océanique : comment comprendre le travail contemporain ? Mais j’avais aussi quelques cartes. Je pensais en effet que pour y arriver, il fallait l’avoir en tête, mais surtout aller voir ailleurs. Des sirènes à la voix grecque ou sémitique m’ont ainsi mené sur quelques terres antiques, d’autres vers le Moyen Âge, la Renaissance, la Modernité… La préhistoire, avec son voile d’ignorance troué de quelques vestiges matériels, et ces peuples qui encore récemment, voisins ignorés, vivaient dans un autre monde que nous, m’ont fourni également quelques refuges. Mais on ne saurait naviguer sans boussole. La philosophie pouvait l’être, à condition de se pencher aussi bien sur les faits et les textes ou les images qui les présentent, que sur les multiples sciences humaines qui les interprètent.
Chaque fois que j’accostais sur ces terres, de nouveaux occupants sont montés dans le navire que j’ai accueillis avec bonheur. Toutes les facettes du travail m’intéressaient ; elles m’ouvraient d’infinis et nouveaux horizons. Des idées auxquelles je n’avais jamais pensé auparavant me sont progressivement apparues évidentes. Deux d’entre elles ont pris de plus en plus de place dans le bateau, alors qu’au départ rien n’était prévu pour elles, ou presque. Les autres ont dû se serrer un peu… La première, c’est que le travail n’est pas que la réalité prosaïque et objective à laquelle nous sommes destinés en naissant, c’est tout autant un réseau complexe de valeurs qui nous rassemblent et nous divisent. La deuxième idée prend sa source dans le concept de travail : s’il est le rapport qu’entretiennent les hommes entre eux et avec la nature pour bien vivre, alors on ne saurait penser indépendamment l’un et l’autre. Le plus étonnant toutefois n’était pas dans cette prise de conscience, mais qu’elle fut nécessaire. C’est un impensé contemporain, ou plutôt un pensé séparé : le travail est une affaire d’hommes, et la nature le problème des écologistes – qui sont aussi des hommes je vous rassure, mais pas les mêmes.
Chemin faisant, l’Arche est devenue Babel. On pourrait croire que l’on y parle de tout. Alors j’ai essayé de mettre un peu d’ordre là dedans. J’ai divisé le navire en 4 sections, chacune d’entre elles sous les ordres d’une idée cheftaine commandant une série d’articles. La première est composée d’interrogations sur le mot et ses multiples acceptions. C’est le grand mérite de la philosophie que de ne pas les laisser partir sans avoir cherché à leur faire dire tout ce qu’ils ont nous à dire. La deuxième porte sur les valeurs que nous associons ou projetons sur le travail. Lieu potentiel de la polémique, elle s’ouvre sur un examen critique de la notion en elle-même et de ses usages, puis se poursuit par une illustration des multiples manières qu’elle a d’habiller le travail – de l’abîmer parfois. Dans la troisième section, j’ai rassemblé des articles sur les grandes mutations de notre rapport à la nature, que toutefois je n’ai pas voulu séparer des forces du travail qui les animent ou en sont le produit. Enfin, parce que la lucidité peut parfaitement se marier avec l’optimisme de l’action, je ne pouvais imaginer de ne pas embarquer quelques idées sur ce que nous pourrions faire pour réconcilier les hommes avec le travail et la nature. Elles sont rassemblées dans la quatrième section. Elles sont insuffisantes et incomplètes – pourrait-il en être autrement ? –, mais il y a toujours de la place pour de nouvelles ou de meilleures.
De retour à Ithaque, je peux maintenant faire débarquer les animaux de l’Arche. Certains boitent encore un peu, mais ils avancent ; ils ont ensemble quelque chose à nous dire. Pendant le voyage, ils ont entendu les sourdes menaces qui pèsent sur nos têtes. Ils ont vu que le Travail qui est la source anthropologique de la vie des hommes, se transformait en son contraire. Avec lui, en lui intimant de toujours produire plus, les hommes arraisonnent la nature. Mais si les coups qu’elle reçoit de nous la laissent au fond indemne, différente simplement, nous ne pouvons en dire autant de ceux qu’elle nous renvoie. Ce que ces drôles d’animaux ont à dire, c’est qu’il serait préférable pour les hommes de s’y prendre autrement, de changer de civilisation du Travail, pour retrouver sa nature profonde qui est de nous faire vivre en paix les uns avec les autres.
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Le travail contre nature
Cet ouvrage est le résultat d’une réflexion que j’ai conduite dans un cadre académique d’abord, puis que j’ai poursuivie et complétée, avec l’espoir qu’il puisse servir au débat et à la réflexion de tous ceux qui sont intéressés par les questions du travail.
Il a été publié par les Editions du Panthéon en 2014. C’est un livre de 350 pages, constitué de 30 articles, d’une cinquantaine d’illustrations et d’un lexique. Il permet ainsi trois entrées différentes dans son contenu et ses thèses.
Pour accompagner sa sortie, j’ai organisé quelques présentations / débats dans des lieux qui s’y prêtaient. Si cela vous intéresse, n’hésitez pas à me le signaler (en utilisant le formulaire Contact), je suis toujours disponible pour cela.
Afin de vous éclairer sur le contenu et les thèses de ce livre, j’ai publié dans ce bloc-notes certains de ses articles, ainsi que des illustrations. Vous les retrouverez en cliquant dans la colonne de droite sur les catégories ‘Le travail contre nature’ et ‘Images’ (ce sont celles dont le titre inclut la mention [le travail contre nature]) ou dans le sommaire ci-dessous.
Il n’est plus en vente en librairie, ni sur internet, mais je dispose encore de quelques exemplaires que je peux vous adresser à prix coûtant (15 €, frais d’envoi inclus, au lieu de 21.90 € prix public, frais d’envoi en sus). Il suffit pour cela de me fournir votre adresse postale en cliquant ici. Je vous donnerai en retour les coordonnées de mon compte Paypal ou l’adresse à laquelle m’envoyer votre chèque. Dès réception de votre paiement, je vous posterai l’ouvrage.
Voici ci-dessous deux extraits d’une présentation de ce livre, faite en juin 2014, lors d’une rencontre organisée à la Fonderie (Vanves) : « Dire et écrire le travail ». Le premier porte sur les décisions d’écriture qui ont été les miennes, le second est une réponse à une interrogation sur le titre de l’ouvrage.
Décisions d’écriture
Significations du titre
SOMMAIRE DE L’OUVRAGE
Conseils de navigation
Chapitre 1 – Le travail dans tous ses éclats
Polysémie du travail – Illustration
Jeux de langage
Dieu travaille-t-il ?
Une notion anthropologique et culturelle
Le travail pris dans les rets du langage et des valeurs
Le travail à l’étroit dans la pensée
Chapitre 2 – Le travail, boule tango de nos valeurs
La valeur, ombre humaine portée sur les choses
La rémunération, valeur double du travail
L’idéologie du travail – Travail et autres formes de vie
L’idéologie du travail – La hiérarchie des métiers
L’idéologie du travail – Les valeurs du « travail »
Des critères d’évaluation de la vie au travail – Introduction
Des critères anthropologiques d’évaluation de la vie au travail – la reconnaissance
Des critères anthropologiques d’évaluation de la vie au travail – Insécurité et sécurité au travail
Des critères anthropologiques d’évaluation de la vie au travail – Développement des capacités humaines
Le jugement qualitatif sur la vie au travail
Chapitre 3 – Les mutations du Travail et leurs dépendances
Travail et nature, mutations conjointes
La nature cachée du travail ou le grand renversement
Le Patron du Travail : une civilisation
Diviser le travail ou coopérer ?
La subordination du travailleur
La technique, miroir de l’homme
La technologie et le destin de l’homme
Productivisme et productivité du travail
Chapitre 4 – Pour une civilisation de la nature habitée
De ses conditions à la Qualité de vie au travail
L’éthique ordinaire de la vie au travail
Une éthique écologique du travail pour éviter un destin funeste ?
La régulation politique du travail
Le syndicalisme d’entreprise, condition d’un dialogue social authentique
Que serait une politique écologique du travail ?
Le travail en représentation
Au carrefour de cultures et d’expériences pour penser la polysémie du travail

Je suis ingénieur agronome (1977) et docteur en philosophie (2009). Cette double culture, scientifique et littéraire, je l’ai forgée progressivement : la première, acquise par ma formation initiale et la seconde, construite tout au long de ma vie professionnelle.
J’ai engagé mes premières réflexions philosophiques sur le travail, en 2003, à l’occasion de ma reprise d’études. Je dirigeais depuis trois ans l’Association Régionale d’Amélioration des Conditions de Travail de Champagne-Ardenne. J’avais alors pensé qu’il serait plus facile pour moi de combiner étude et vie professionnelle si je choisissais comme sujet de mon mémoire de maitrise, une notion philosophique en relation avec mon activité. Ce choix se révéla si opportun que je l’ai maintenu pour le master puis pour ma thèse.
Lorsque mes recherches m’ont conduit à m’interroger sur les deux versants du travail, celui qui met en rapport les hommes avec la nature et celui qui les met en rapport les uns avec les autres, mes parcours culturels et professionnels dissociés se sont tout d’un coup trouvés rassemblés et légitimés. Du travail de la nature et de sa transformation, l’ingénieur agronome, un temps conseiller en développement agricole en Afrique, peut en parler. Et le dirigeant d’un organisme paritaire, également consultant sur les problématiques de conditions de vie au travail, ancien délégué syndical, s’est nécessairement trouvé au cœur des tensions sociales générées par le travail contemporain. C’est cette double influence qui m’autorise aujourd’hui à philosopher sur le travail, car elle offre la garantie de maintenir la liberté conceptuelle du philosophe sur le chemin des réalités humaines et naturelles dont il prétend rendre compte. C’est aussi elle qui m’a donné la force, le désir et la persévérance d’achever un ouvrage sur le travail, de le rendre public et d’ouvrir un bloc-notes sur la toile pour en accompagner la diffusion.
Invitation à une réflexion sur le travail qui sorte des sentiers battus
La réflexion contemporaine sur le travail se caractérise par l’oubli de deux de ses traits les plus fondamentaux :
- Avant d’être le travail de quelque individu que ce soit, c’est un attribut propre à l’espèce humaine. Son caractère communautaire et anthropologique est premier ;
- Il est le rapport qu’entretiennent les hommes avec la nature et non pas seulement un rapport entre eux.
C’est grâce à lui que nous avons pu occuper progressivement tous les biotopes de la planète jusqu’à marquer aujourd’hui de notre lourde empreinte tous ses paysages et ses lieux de vie végétale et animale.
Ce blogue est une invitation à une réflexion sur le travail qui sorte des sentiers battus et retrouve ces sens perdus. Aussi propose t’il de :
- réinscrire la réflexion dans la longue durée de l’espèce humaine et non pas seulement dans la courte histoire de sa forme actuelle qu’est le travail productiviste
- ouvrir les échanges à toutes les disciplines de l’esprit : aux sciences humaines (philosophie, art, histoire, paléontologie, anthropologie, économie, sociologie…) aussi bien qu’à celles de la nature (biologie, agronomie, climatologie, écologie…).
Aujourd’hui, notre civilisation du travail, devenue planétaire, bouleverse les équilibres naturels et met en péril les formes de vie actuelles sur lesquelles la nôtre est greffée. Nul ne peut dire si, quand, ni comment on en sortira. Seul peut-être le premier pas dans cette direction est-il vraiment clair : il consisterait à ôter nos œillères, à reprendre la main sur une conception du travail sociale et écologique qui prenne du recul et de la hauteur, pour agir.
C’est à s’engager sur ce chemin qu’invite ce bloc-notes.
